LE TRAGIQUE EPISODE DU COMBAT DE BAB-EL-ASSA – 27 NOVEMBRE 1907

LE TRAGIQUE EPISODE DU COMBAT DE BAB-EL-ASSA

(27 novembre 1907)

AVANT-PROPOS

Les contemporains de la campagne des Beni-Snassen se souviennent encore, avec émotion, du combat de Bab-El-Assa qui se déroula le 27 novembre 1907 au cours duquel le lieutenant Blondin de Saint-Hilaire, le sergent Poggi et 12 soldats de la 16e Compagnie du 2ème Tirailleurs trouvèrent une mort héroïque. Le massacre de cette poignée de braves jeta la consternation parmi la population de Nemours.

Aujourd’hui encore, plus d’un vieil habitant de cette petite ville revoit l’allure martiale des valeureux tirailleurs de l’époque, la haute stature et la physionomie du lieutenant défunt. En souvenir de cette sanglante journée qui nous value la victoire et sauva Nemours du pillage un Comité d’initiative décida d’ériger le monument que l’on voit sur la Place de la République.

Le tragique épisode de ce combat n’a jamais été relaté en détail et bien peu de personnes connaissent exactement les circonstances particulières de ce pénible mais glorieux évènement. Nous avons essayé de combler cette lacunes, en nous appuyant sur tous les documents qu’il nous a été possible de réunir. Si nous n’avons pas réussi, il en est encore qui liront ces quelques notes, le cœur étreint d’une bien légitime émotion car elles évoqueront le souvenir de cette journée mémorable.

Francis LLABADOR

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CHAPITRE PREMIER

PRELIMINAIRES

L’affaire de Bab-El-Assa se situe dans le cadre des opérations qui, effectuées en 1907 en territoire marocain, ont abouti à l’occupation de l’Amalat d’Oujda par la France. Pour l’intelligence des faits qui se déroulèrent cette année-là et qui précédèrent le combat de Bab-El-Assa, il nous paraît utile de jeter un regard en arrière.

Nous n’entreprendrons pas de retracer ici, l’histoire d’ailleurs trop longue, des actes d’hostilité des Béni-Snassen et des Angads contre nos tribus algériennes au lendemain même du traité de Lalla Maghrnia (18 mars 1845), qui fixait cependant la ligne officielle de la frontière algéro-marocaine. Cette histoire a été magistralement retracée par le Lieutenant-Colonel Voinot au cours de ses nombreuses publications. 

Il suffira de dire que les Marocains de la frontière cherchaient souvent querelle à nos tribus et se livraient, contre elles, à des razzias intolérables, auxquelles il était temps de mettre un point final. De plus, des agents du Makhzen entretenaient chez les Marocains, et notamment, chez les Béni-Snassen, une effervescence qui risquait de devenir dangereuse pour notre sécurité. A la suite de cette agitation antifrançaise, qui se traduisit, entre autres, par le meurtre du Docteur Mauchamp à Marrakech, le 19 mars 1907, le Gouvernement français, excédé, donna l’ordre aux troupes algériennes d’occuper Oudjda.

Une colonne partie de Lalla-Maghrnia, 29 mars, entra, à Oudjda, le même jour, sans coup férir. Peu après cette occupation, les habitants de cette dernière ville devinrent agressifs envers nos soldats. En présence de cette situation insupportable, qui ne pouvait que s’aggraver avec le temps, on songea à renforcer la garnison du Kiss. On envoya un goum dans le petit bordj d’Adjeroud, avec un officier des affaires indigènes de Lalla Maghrnia.

Les tribus marocaines étaient, en outre, sournoisement travaillées par les agitateurs roguistes, ce qui rendait l’autorité du Makhzen bien faible et notre sécurité en danger à la faveur de cette anarchie qui régnait dans l’Amalat d’Oujda, les partisans du Makhzen se disposaient, en août 1907, à attaquer les Béni-Khaled, qui avaient tenté un rapprochement avec les autorités françaises. La colonne du Oudjda les protégea et fit avorter l’attaque projetée.

Au mois de septembre la même année, un Miad, commandé par Mohamed Ould Sayah, des Béni-Mengouch, parcourait les Béni-Snassen en essayant de les soulever contre notre autorité et molestait tous ceux qui avaient entretenu de bons rapports avec nous. Il fut même question, vers octobre 1907, de proclamer la guerre sainte et de marcher contre les Chrétiens, c’est-à-dire contre les Français.

Des lettres furent alors adressées aux chefs de la colonne du Makhzen pour obtenir leur concours, mais toutes ces démarches échouèrent et les meneurs crurent sage d’envisager, alors, la possibilité d’un arrangement avec nos autorités. Malgré ces tentatives de conciliation, une sourde hostilité se manifestait encore contre nous.

Devant cet état de choses et, en présence des brimades dont étaient l’objet nos tribus, on décida de lancer, dans les Béni-Snassen une colonne de démonstration et de répression. Au moment où cette colonne opérait dans la plaine des Angads, la garnison du Kiss se montrait dans la plaine des Triffas et, le 23 novembre, elle franchissait l’Oued Kiss et razziait un troupeau de bœufs pour châtier les agitateurs.  Au retour, des engagements sanglants se produisirent entre les Marocains et les nôtres, qui allèrent bivouaquer à Menasseb-Kiss.

« Pendant la journée du 25 novembre, la colonne du Kiss-Adjeroud était attaquée à Menasseb-Kiss par une harka formée de 1.200 fantassins fourni par les tribus marocaines des Ziamba, des Béni-Mengouch, des Triffas et des Taghedirt. Une vive canonnade eut lieu sur la rive gauche du Kiss et les ennemis furent repoussés avec pertes. 

« Après le combat, les troupes régulières se retirent à Port-Say. Ne restèrent là que les goumiers indigènes commandés par le lieutenant Maire Sebille, auquel était venu se joindre l’officier interprète Chareix. Ils furent prévenus qu’une grosse harka se préparait à attaquer le lendemain. »

À ce moment-là, la situation se révélait très grave parce que le cercle de Lalla-Maghrnia se trouvait dépourvu de troupes et ne pouvait, par conséquent, pas faire face à une attaque brusquée des Béni-Snassen. On envisage, dès lors, l’envoi à Lalla Maghrnia de deux compagnies de tirailleurs.

Dans la matinée du 26, de forts contingents marocains, après avoir étudié les positions, occupèrent l’ancien camp de Martimprey ; 600 cavaliers vinrent se joindre à eux et, vers une heure ou deux heures, se rendant parfaitement compte de la faiblesse de notre couverture de la rive droite du Kiss, franchissaient, alors, cet « oued » et s’élançaient au nombre de 2.000 environ, vers nos quarante goumiers indigènes commandés par le lieutenant Maire Sébille et l’officier interprète Chareix.

La tactique des marocains était d’encercler nos faibles contingents. Eventant la manœuvre, nos hommes battirent aussitôt en retraite et se replièrent sur l’usine de crin végétal de Bab-El-Assa, appartenant à la compagnie marocaine. Les agresseurs saccagèrent les jardins des Attia, et incendièrent des meules de paille, appartenant aux M’Sirda, puis, repassèrent l’oued Kiss et s’éloignèrent dans la direction d’Aghbal.

CHAPITRE II

LE COMBAT DE BAB-EL-ASSA

(27 novembre 1907)

Le 27 novembre 1907, de très bonne heure, les Béni-Snassen massés à Aghbal, se reformaient en harka, traversaient l’Oued Kiss, qui marque la limite algéro-marocaine et se dirigeaient vers Bab-El-Assa, situé à 3 km ½ de la frontière. Vers huit heures et demie, il se ruèrent sur l’usine de crin végétal, qu’ils savaient défendue par de faibles effectifs.

Le lieutenant Béreaux, du bureau des affaires indigènes de Lalla Maghrnia, qui venait de prendre le commandement des goums de ce cercle, se rendait parfaitement compte qu’il lui serait matériellement impossible d’assurer la défense de Bab-El-Assa avec les effectifs réduits dont il disposait. Il fit établir, aussitôt, sur les hauteurs de l’Est, le goum du lieutenant Maire Sebille, comprenant une cinquantaine d’hommes et quatre-vingts piétons des M’Sirda qu’il avait réussis à rassembler. La situation devenait de plus en plus critique, en raison surtout de la défection des Attia et des Beni-Mengouch, qui avaient abandonné leurs territoires, laissant le champ libre aux marocains.

Arrivée du sous-lieutenant Chauvelot

En entendant le bruit de la vive fusillade, le sous-lieutenant Chauvelot, et l’officier interprète Chareix accourraient en toute hâte, de Sidi Bou-Djenane (situé à 3 km environ de Bab-El-Assa), avec une partie du détachement de ce dernier poste (quarante tirailleurs). Parvenus sur les crêtes de montagne, surplombant la cuvette où est située l’usine de crin végétal, ils ouvrirent rapidement le feu sur les Marocains, qui commençaient à pénétrer dans la cour et à mettre au pillage les bâtiments de l’usine, sans parvenir à y mettre le feu. Toutefois, ils réussissaient à incendier les meules de crin végétal.

Arrivée du capitaine Michaud

Vers midi, après une marche forcée de 10 heures, la compagnie Michaud de la garnison de Nemours, à l’effectif de 107 hommes, arrivait à son tour, dans la fameuse trouée de Bab-El-Assa, où elle trouvait l’usine de la compagnie marocaine et les tirailleurs du sous-lieutenant Chauvelot, déjà aux prises avec les Marocains.

La veille, à 11 heures du soir, le capitaine Michaud, commandant la 16ème compagnie du 2ème tirailleurs, avait reçu télégraphiquement du lieutenant-colonel Reibell, commandant supérieur du cercle de Lalla Maghrnia, l’ordre de se porter immédiatement à Bab-El-Assa, situé à 30 kilomètres, sur la route de Lalla Maghrnia à Port-Say, pour arrêter, le plus vite possible, la marche en avant de hordes marocaines qui menaçaient Nemours. 

Une lutte inégale et homérique s’engageait aussitôt, malgré les fatigues de ce rapide déplacement, entre les valeureux tirailleurs et les assaillants, qui, cent contre un, se ruaient, avec fureur, sur nos soldats. 

D’après les journaux de l’époque, les dispositions du combat, à ce moment-là, étaient le suivantes : 

– 1° Au centre, : la Compagnie de Nemours ;

– 2° A l’aile droite : les piétons indigènes de nos tribus, comprenant 80 fusils ;

– 3° Sur l’aile gauche : un peloton de spahis ;

– 4° Sur les crêtes, l’officier interprète Chareix et le sous-lieutenant Chauvelot, avec leurs hommes (40 tirailleurs).

À un moment, donné, les piétons indigènes de nos tribus, ayant épuisé leurs munitions, battirent en retraite, et laissèrent libre la trouée d’une petite vallée, débouchant sur la cuvette de Bab-El-Assa, d’où surgirent des masses de marocains, qui se précipitèrent comme des démons, sur l’aile droite de la Compagnie de Nemours ; celle-ci fut obligée de faire feu des deux côtés à la fois. Un dispositif habile de l’effectif de la compagnie des tirailleurs et un feu admirablement bien dirigé parvinrent à arrêter leur élan. 

C’est à ce moment précis que se place l’inoubliable épisode de la mort sublime et héroïque du lieutenant Blondin de Saint-Hilaire, du sergent-fourrier Poggi et des douze tirailleurs qui, rompant le contact et se trouvant en avant-garde, à 1.200 mètres environ au sud de l’usine, furent brusquement entourés et massacrés, jusqu’au dernier, sans que la Compagnie Michaud, qui, toute entière, vola à son secours, ait pu empêcher cette douloureuse hécatombe.

À la suite de quelles circonstances se produisit ce sanglant évènement ?

D’après les contemporains de l’affaire, le capitaine Michaud, dès son arrivée sur le théâtre des hostilités, avait eu soin de disposer tous ses hommes sur les hauteurs qui dominent et entourent en grande partie, la trouée de Bab-El-Assa, pour se rendre compte exactement de l’importance des effectifs ennemis. Il détacha, paraît-il, la section du lieutenant Blondin de Saint-Hilaire pour reconnaître les forces marocaines. 

Pour des raisons qu’on n’a jamais pu connaître, de Saint-Hilaire s’engagea résolument et rapidement dans le fond d’une vallée, au lieu de se tenir sur les hauteurs, où il aurait pu, semble-t-il, mieux observer le nombre et les mouvements de l’ennemi.

En dépit des exhortations de son ordonnance, (…) qui lui signalait le danger de cette manœuvre, et des appels répétés du clairon de la compagnie, qui ne cessait de sonner la retraite, ce vaillant mais imprudent officier continua sa marche, en avant, suivi du sergent Poggi et des douze tirailleurs qui formaient sa section.

Tout à coup, au détour d’un des contreforts de la vallée, surgit une nuée de Marocains, embusqués, à cet endroit, depuis le matin. À moment-là, de Saint-Hilaire se trouvait à 1.500 mètres environ de la Compagnie Michaud. Les Marocains, en présence d’un effectif aussi réduit, se ruèrent avec sauvagerie sur nos meilleurs soldats. 

« Mais le soldat de France et d’Afrique vendra chèrement sa vie, écrivit, Monsieur Catalogne, en parlant du lieutenant de Saint-Hilaire : le sabre haut ne suffit plus à son audace ; sa haute stature montrera, seule, à ses hommes, la marche à la trouée, à la mort. Il lui faut la mort en troupier, en tirailleur, il lui faut, avant de succomber, faire le coup de feu.

« Et il tombe, face à l’ennemi, comme il l’avait rêvé, l’arme chaude, à la mai, comme tombèrent, à ses côtés, pour protéger le corps du chef aimé, et pour la défense de la Patrie, ce brave sergent-fourrier Poggi, un enfant de Tlemcen, un des fils de cette belle Algérie dont le patriotisme et la bravoure s’affirment toujours plus immenses et ces douze vaillants de l’Islam qui donnèrent, à la plus noble des causes et avec leur froid dédain, leurs âmes enflammées par le plus pur courage.

« Mais leurs corps n’appartiendront pas à l’ennemi ; ils ne seront pas l’objet de souillures infâmes. Michaud pourra, encore, leur apporter le dernier tribut de reconnaissance de l’armée et de la Patrie. Il pourra leur permettre de dormir, en paix, en terre française, leur dernier sommeil.

En effet, toute la Compagnie Michaud se précipite alors au secours des victimes de cet odieux attentat, mais les Marocains ne leur donnèrent pas le temps d’arriver, sur les lieux du massacre. Ils s’étaient rapidement repliés vers l’Ouest, en direction de Martimprey-du Kiss.

Le 29 novembre, les Marocains revinrent à la charge, en plus grand nombre encore, mais furent énergiquement repoussés, après de lourdes pertes que leur firent éprouver nos effectifs, sérieusement renforcés.

Après tous ces évènements, le général Lyautey entreprit la conquête de tout le massif des Béni-Snassen, et l’occupation de l’Amalat d’Oudjda.

CHAPITRE III

L’EMOTION A NEMOURS

L’annonce de l’incursion des Béni-Snassen en territoire algérien provoqua, parmi les habitants de Nemours une telle panique que la municipalité demanda télégraphiquement au préfet d’Oran, l’envoi immédiat de troupes et de vapeurs pour transformer les familles à Oran. L’affolement dissipé, la population, toujours inquiète, persista à réclamer l’envoi de renforts, de navires de guerre et de vapeurs.

Le Colonel Reibell, commandant supérieur de Marnia resta en relation constante avec le maire de Nemours, l’Administrateur de Nedromah, et l’adjoint- administrateur de Turenne, les assurant qu’il répondait de la sécurité des habitants dans la région frontière. D’ailleurs, pour plus de sûreté, deux compagnies de zouaves et deux compagnies de tirailleurs étaient prêtes à quitter Oran pour la frontière, si le besoin s’en faisait sentir.

Cependant, malgré ces dispositions rassurantes, une partie de la population, affolée, s’embarqua, le vendredi 29 novembre 1907 à destination d’Oran sur le vapeur de la compagnie Touache « L’Emir », qui assurait, à l’époque, un service régulier hebdomadaire entre Nemours-Oran et Marseille.

Que s’est-il passé, à Nemours, quand fut connu le combat de Bab-El-Assa ?

Le chef de bataillon Bichemin, commandant d’armes de Nemours, en novembre 1907, nous l’apprend, dans un rapport qu’il adressa d’Oran, le 27 juin 1914 (alors qu’il était commissaire du Gouvernement près le 2° conseil de guerre d’Oran) à M. le Général commandant la Division d’Oran. Nous mettons une copie de ce document, retrouvé dans les archives de la famille Bichemin, sous les yeux du lecteur.

« Division militaire d’Oran                                                                          Oran, le 27 juin 1914

« Justice Militaire

                                                                                                                      Le Chef de Bataillon Bichemin

2° Conseil de Guerre                                                                                    Commissaire du Gouvernement

                                                                                                                      près le Conseil de Guerre d’Oran

N° 276

                                                                                                          A Monsieur le Général Commandant 

                                                                                                          la Division d’Oran, Oran

« J’ai l’honneur de vous rendre compte que comme commandant d’Armes de Nemours, en novembre 1907, j’ai adressé, à Monsieur le Général Commandant la Subdivision de Tlemcen, un rapport sur les évènements survenus à Nemours pendant l’affaire de Bab-El-Assa. Ce rapport doit peut-être, être resté dans les archives de cette subdivision.

« Je n’ai pas eu connaissance de tous les faits relatés dans la lettre du Maire de cette localité, ou ma mémoire me fait défaut. Il n’y a jamais eu de conseil de défense réuni au cercle militaire. Dans la nuit qui a suivi le combat de Bab-El-Assa, j’ai entretenu MM l’Administrateur de Nedromah et le Maire de Nemours, au sujet de moyens de transport de vivres pour la compagnie Michaud. Pendant notre entretien, quelques personnes de la ville se sont introduites, au cercle, sans y être invitées. Une panique énorme régnait en ville, et les habitants cherchaient des nouvelles.

« Plus tard, dans la même nuit, est arrivé un convoi de blessés, envoyé par le capitaine Michaud. Renseigné alors sur l’état de la Compagnie, j’adressai alors au Maire de Nemours, une réquisition régulière, d’avoir à fournir des moyens de transport, pour ravitailler la compagnie Michaud en vivres et en munitions. Il y avait urgence et je prescris, en même temps, que l’escorte serait transportée pour aller plus vite et, et remplacer les pertes subies dans le combat.

« L’agent Abderrhaman Mazouz s’employa, par ordre du maire, à chercher les voitures. Il y en eut, ainsi, trois ou quatre fournies, qui partirent au matin. Je ne connais pas le nom des conducteurs, mais je me rappelle que deux d’entre elles furent fournies par Messieurs Jaquin et Bouhana qui peut-être conduisent eux-mêmes.

« Dans la suite, des bateaux apportèrent des vivres , que je fais mettre à l’abri dans le casernement éventuel. Puis, vint un lieutenant du train, qui était chargé d’expédier ces vivre à Bab-El-Assa, et un officier d’administration, comptable de ces vivres. Le Commandant d’Armes n’avait plus à intervenir que pour requérir des moyens de transport auprès de l’Administrateur de Nedromah et du Maire de Nemours ; ce qu’il fit.

« Le Lieutenant du Train et l’Officier d’administration se sont servis de l’agent Abderrahmane Mazouz pour la police en ville des sokhar ( ?) pendant le chargement ; l’officier d’administration a même utilisé Mazouz comme Bachamar (chef de convoi)  dans un convoi, dirigé sur Bab-El-Assa.

« Les deux officiers s’en servaient, en outre, comme interprète. J’ai su que l’agent Mazouz avait déployé beaucoup de zèle et leur avait rendu service. Personnellement je ne l’ai pas employé. Les habitants de Nemours ont eu une peur épouvantable que rien ne pouvait enlever. Ils voulaient être armés ; et le Commandant d’Armes à interdit la distribution des fusils aux pompiers ; tout en prenant, de concert avec le maire, les mesures préventives, qui étaient justifiées par la situation. Dans la nuit et la matinée qui ont suivi le combat de  Bab-El-Assa, ces mesures se sont bornées :

1° à s’enquérir des artilleurs territoriaux qui existaient à Nemours (gradés et soldats) ;

2° à faire préparer à l’Arsenal les caisses d’armes et de munitions qui, en cas d’insurrection, serviraient à armer la population civile ;

3° à placer un poste de police, à la porte de Tlemcen  ;

4° prier le maire de faire surveiller, par les indigènes de Sidi Amar et des Ouled-Ziri, les abords de leur village. Le maréchal-des- logis de gendarmerie, assurant la police urbaine, avait détaché, sur la route du Kiss, deux gendarmes qui, placés auprès des caïds des M’Sirda, me renseignaient sur ce qui se passait à Bab-El-Assa. Il avait, en outre, fait surveiller, par les caïds, la traversée de Kouarda.

« Les autres mesures de défense accessoires ont été prises par les habitants eux-mêmes et sur l’ordre du maire, surtout dans le but de les occuper et de les rassurer. Une fois la panique passée, les habitants de Nemours et Monsieur Fenouil, le maire ont montré beaucoup de dévouement à activer le transport de vivre pour l’armée.

« Monsieur Fenouil et toute la population ont tenu à suivre le convoi funèbre du lieutenant, tué à Bab El Assa. Après le départ de la Compagnie Michaud, la garnison se bornait à 12 à 15 hommes et aux malades de l’hôpital ».

Signé : F. BICHEMIN

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À Bab-El-Assa, où se déroula le combat, on peut voir, dans une petite vallée, à 1.500 mètres environ, au sud de l’usine de crin végétale, une colonne en pierre de taille de 3 m. 8 de hauteur, élevée à la mémoire du lieutenant Blondin de Saint-Hilaire, à l’endroit même où il succomba avec le sergent-fourrier Poggi et ses douze tirailleurs. 

Ces derniers, tués au combat du 27 novembre et les deux légionnaires de la 11e compagnie du 1er Étranger, tués au combat du 29 novembre 1907, reposent dans un petit cimetière, situé près de l’usine de crin végétal, sur une petite colline, à droite de la route se dirigeant vers Port-Say. À l’intérieur de ce cimetière s’élève un monument représentant une Koubba en miniature. Sur sa face Sud est gravée, sur une plaque d’ardoise, l’inscription suivante :

PRES DE CE MONUMENT

REPOSENT

12 TIRAILLEURS

INDIGENES

DE LA 16E Cie DU 2ème REGIMENT

TUES A L’ENNEMI

LE 27 NOVEMBRE 1907

Près des deux légionnaires existent également un petit mausolée sur lequel on peut lire :

AUX LEGIONNAIRES

LAUBROT ET ASSMUS

DE LA 11Eme Cie DU 1er ETRANGER

TUES A L’ENNEMI AU COMBAT DU 29 NOVEMBRE 1907

À Nemours, au lendemain du combat de Bab-El-Assa, un comité d’initiative décida d’ériger un monument commémoratif sur la place de la République. Ce monument dû au statuaire Fulconis, Professeur au lycée d’Oran, ancien élève de l’école des Beaux-Arts de Paris, représente un tirailleur au premier temps de la charge. Il fut terminé, en septembre 1909, et inauguré officiellement le 9 novembre de la même année, en présence des autorités civiles et militaires de la région. Le Général Lyautey, chef de la division d’Oran, et le Général Muteau, de la subdivision de Tlemcen, assistaient à l’inauguration. (voir Écho d’Oran du 15 novembre 1909).

Sur le socle de ce monument on peut lire :

HONNEUR ET PATRIE

AUX

HEROS DE BAB-EL-ASSA

27 NOVEMBRE 1907

À la base de ce monument, sur une plaque de marbre, est gravée l’inscription suivante :

ÉRIGÉ EN 1909,

PAR UN COMITE D’INITIATIVE

SOUS LA PRESIDENT ET LA DIRECTION

DE M. GEORGES LLABADOR.

Ce monument est l’objet chaque année de pieux pèlerinages de la part des autorités civiles et militaires, ainsi que des groupements patriotiques. Tous viennent y déposer des fleurs à la mémoire des valeureux soldats tombé héroïquement au Champ d’honneur pour la défense du territoire et la sauvegarde de la ville de Nemours.

Francis LLABADOR

Docteur de l’Université