LEGENDES DES SAINTS ET MARABOUTS

HAWCH DE SIDI MOÛSA

Situation : aprĂšs avoir franchi la porte de Taount, on accĂšde assez facilement au tombeau de Sidi MoĂ»sa, en empruntant, Ă  gauche, le petit sentier gravissant la colline. ÉdifiĂ© un peu en contre-bas du fortin construit par le GĂ©nie militaire, il domine, Ă  l’Est, la baie de Nemours.

Description : la sĂ©pulture de ce « Sayyid Â» fut Ă  l’origine entourĂ©e d’une simple petite enceinte de pierres sĂšches, peu Ă©levĂ©e en forme de fer Ă  cheval. Tel qu’on le voit aujourd’hui, le mausolĂ©e de Sid MoĂ»sa A Ă©tĂ© réédifiĂ©, vers 1924, aux frais de pieux musulmans. 

L’enceinte rectangulaire en maçonnerie blanchie Ă  la chaux (voir photo) mesure 5m 65 x 3m 30 et 1 m 70 de hauteur. Une petite porte de 0m 70 de largeur, posĂ©e de guingois, donne accĂšs Ă  l’intĂ©rieur du sanctuaire qui renferme la tombe de Sidi MoĂ»sa, recouverte par trois rangĂ©es de carreaux : deux rangĂ©es marginales de carreaux rouges et une rangĂ©e mĂ©diane de carreaux blancs, de facture moderne.

Deux petites niches Ă  offrandes et Ă  bougies, comparables ici Ă  des boites aux lettres, l’une de 0m 25 x 0m 15, l’autre de 0 m 20 x 0m 20, sont creusĂ©es dans l’épaisseur des murs, Ă  l’intĂ©rieur de l’enceinte dont les quatre angles sont surmontĂ©s de merlons en gradins.

Tout prÚs de cette construction funéraire, existe une petite tonnelle couverte par le feuillage de quelques pieds de vigne grimpante, plantés lors de la réfection du tombeau. On y voit aussi un figuier.

La lĂ©gende de Sidi MoĂ»sa â€“ De son vivant, Sidi MoĂ»sa avait choisi ce site pittoresque pour se sanctifier par une vie ascĂ©tique et contemplative. Il vivait d’aumĂŽnes, dans une anfractuositĂ© de la montagne (dont il fit sa « Khalwa Â» – retraite), situĂ©e Ă  quelques mĂštres de l’endroit oĂč il est inhumĂ©.

Les gens de Taount l’apercevaient parfois du haut de leur bourgade, soit cĂ©lĂ©brant la priĂšre au dĂ©clin du jour, soit accroupi devant la petite baie aux reflets de bĂ©ryl, suivant des yeux le vol dĂ©sordonnĂ© de quelques pigeons sauvages s’enfuyant Ă  tire d’aile, ou la silhouette de quelque felouque s’estompant au large.

La rĂ©putation de saintetĂ© de cet anachorĂšte ne tarda pas Ă  s’étendre dans toute la rĂ©gion circonvoisine. Un jour, son corps trouvĂ© inanimĂ© fut pieusement enseveli Ă  l’endroit mĂȘme oĂč il rendit le dernier soupir et oĂč il avait coutume de s’assoir pour prier et mĂ©diter.

Qu’était Sidi MoĂ»sa ? D’aprĂšs une lĂ©gende que nous tenons de Hadj Bachir ben Goual, qui prĂ©tend que ses ancĂȘtres, Ă©galement originaires d’Andalousie, oĂč l’un d’eux Ă©tait cadi, Ă©taient venus se fixer Ă  DjemĂąa-GhazaouĂąt au temps des Turcs. Le moqaddem du saint Ă©tait un noir du nom de DĂąoudi, Sidi MoĂ»sa, originaire d’Andalousie, serait venu Ă  DjemĂąa-GhazaouĂąt (Nemours) vers le XVe ou XVIe ou XVIIIe siĂšcle aprĂšs que les Maures andalous, qui abandonnĂšrent la pĂ©ninsule ibĂ©rique, vinrent eux-mĂȘmes s’y fixer.

D’aprĂšs une autre version sujette Ă  caution, qui est celle du moqaddem actuel, un Marocain, du nom de Mohammed ben Salah Attabi, ĂągĂ© de 68 ans, Sidi MoĂ»sa serait le fils de Sidi ’l-Hasen, le fondateur de la tribu de ZĂąwiyet el MĂźra. Sidi ’l-Hasen, comme on le sait (voir Basset, NĂ©droma et les Traras, Paris 1901, pp 45 et 46), a une qubba dĂ©dicatoire Ă  Dechra KĂ©bira, mais est enterrĂ© aux environs de Tlemcen dans le village et prĂšs de la mosquĂ©e qui porte son nom. Le territoire de ZĂąwiyet el MĂźra, situĂ© Ă  l’ouest de Nemours, comprend entre les MsĂźrda de Nemours et les SuwĂąhliya, les douars suivants : Adjadjen, DĂąr bou Median, Dechra KĂ©bira.

D’aprĂšs M. A Bel ; ce Sidi Lhasen ben Makhlouf er Rachidi, mort en 857 (1453) mena une vie ascĂ©tique ; il fut le conseiller et l’ami du sultan Abou LabbĂąs Ahmed, fils d’Abou Hammou II et son douziĂšme successeur (1430-1462), et fut par consĂ©quent le contemporain du Rabb Anqaoua. Ce fut le roi lui-mĂȘme qui ordonna la construction du mausolĂ©e et de la mosquĂ©e pour honorer la mĂ©moire de cet ami d’Allah (Guide illustrĂ© du tourisme, Toulouse, seconde Ă©dition p.56).

Si la version du moqaddem est exacte, Sidi MoĂ»sa aurait vĂ©cu par consĂ©quent au XVe siĂšcle. Malheureusement, il n’est pas question de lui dans le BostĂąn fi dikri l-AĂ»liyñ’i wa-l-ulamñ’i bi TilimsĂąn, Ă©d. Alger, 1907.

Le culte du saint : quoi qu’il en soit, le tombeau de Sidi MoĂ»sa est trĂšs frĂ©quentĂ© par les musulmans des environs et surtout du quartier nommĂ© « Brigandville Â», qui s’accroche aux premiĂšres pentes du promontoire de Taount. 

Les femmes surtout viennent lui demander son intercession auprĂšs d’Allah pour la guĂ©rison de leurs maladies : fiĂšvres, maux d’yeux, abcĂšs, etc
 En outre, les pĂȘcheurs viennent lui demander la capture de beaucoup de poissons pendant la saison de la sardine et de l’anchois et les cultivateurs, la pluie en pĂ©riode de sĂ©cheresse.

Deux fois par an, au printemps et Ă  l’automne, il y a une « wa’da Â». On vient y Ă©gorger des moutons et y manger des galettes de pain d’orge et des dattes.

Enfin, fait intĂ©ressant Ă  noter, un grand nombre de juives de Nemours frĂ©quent Ă©galement le tombeau de Sidi MoĂ»sa qu’elles vĂ©nĂšrent comme un des leurs. Certaines juives reconnaissent cependant, sans contestation, que Sidi MoĂ»sa est un saint musulman. Elles y viennent de prĂ©fĂ©rence le lundi, le mardi, et le vendredi pour obtenir du saint la guĂ©rison de leurs bĂ©bĂ©s atteints de d’entĂ©rite. Comme les musulmanes, elles allument une bougie dans le sanctuaire, font brĂ»ler un peu de benjoin ou d’encens dans un mejmar (brasĂ©ro), et souvent font Ă©gorger, par le moqaddem, un petit poulet en l’honneur du saint. Cela est fait Ă  l’extĂ©rieur du sanctuaire et le volatile est abandonnĂ© au moqaddem. Ce sacrifice a lieu, soit lors du premier pĂšlerinage, soit lors du troisiĂšme. En effet, pour obtenir la guĂ©rison certaine de l’enfant malade, le pĂšlerinage doit ĂȘtre entrepris trois fois. Enfin, elles accrochent aussi, en guise d’ex-voto, de petits foulards multicolores ou des rubans.

HAWITA DE LALLA GHAZWANA

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TOMBE DE LALLA GHAZWANA SE TROUVANT DANS LE FORTIN SITUE SSUR LE PLATEAU DE TAOUNT (photo contractuelle)

Cette sainte Ă©tait inhumĂ©e dans une simple « hawita » de pierres sĂšches, prĂšs du fortin construit par le GĂ©nie militaire, Ă  l’Ouest du plateau dominant, Ă  l’Est la ville et le port de Nemours.

Elle avait la rĂ©putation d’avoir Ă©tĂ© une femme guerriĂšre d’un grand courage et chef des pirates et Ă©cumeurs de mer qui peuplaient la bourgade de Taount sous la domination turque. Au physique, Lalla Ghazouana Ă©tait une trĂšs grande femme.

A sa mort, elle fut pieusement ensevelie prĂšs de la cĂ©lĂšbre mosquĂ©e : DjĂąma Nour « la mosquĂ©e de l’aurĂ©ole » qui existait autrefois sur l’emplacement mĂȘme du fortin dont la construction, soit dit en passant, suscita des dĂ©mĂȘlĂ©s trĂšs vifs avec les pieux musulmans du pays qui obtinrent, par la suite, l’autorisation de pĂ©nĂ©trer dans le fortin une fois par an pour y faire leurs dĂ©votions.

D’aprĂšs Canal (le littoral des Trara, Tlemcen, 1886, p. 131), « cette mosquĂ©e servait sous le prĂ©texte impie de la religion, de lieu de rendez-vous Ă  des bandes de pirates qui venaient y prĂ©parer leurs sinistres expĂ©ditions et y partager leurs butins Â».

Quoi qu’il en soit, le tombeau de Lalla-Ghazouana, qui semble avoir Ă©tĂ© la sainte patronne de Taount, Ă©tait encore assez frĂ©quentĂ©.

On raconte qu’aprĂšs l’arrivĂ©e des Français et la construction du fortin prĂ©citĂ©, elle apparut plusieurs fois Ă  un dĂ©vot pour lui ordonner de faire connaitre Ă  tous ses coreligionnaires que sa dĂ©pouille mortelle ne reposait plus Ă  Taount mais Ă  Bagdad. Elle aurait ajoutĂ©, il est vrai : « que celui qui croit en moi visite le lieu de ma premiĂšre sĂ©pulture s’il a une faveur Ă  me demander Â».

A cette Ă©poque, les tolba du pays l’invoquaient encore en pĂ©riode .de sĂšcheresse pour obtenir d’Allah la pluie bienfaisante. Ajoutons pour terminer qu’un dicton populaire affirme que celui qui va quarante vendredis Ă  la file visiter son sanctuaire- ne manquera pas de devenir riche. On racontait qu’une musulmane, qui faisait pour la quarantiĂšme fois le pĂšlerinage du sanctuaire, dĂ©couvrit un sabre d’or qui disparut d’ailleurs Ă  ses yeux aprĂšs qu’elle eĂ»t fait sa priĂšre.

HAWÎTA DE SÎDÎ MOHAMMED EL GHARIB

A 2 kilomĂštres environ Ă  l’Est de Nemours, on remarque, un peu en contre-bas de le route du littoral qui mĂšne Ă  SĂźdĂź YĂ»chĂą, un bosquet de vieux thuyas et de lentisques arborescents, au milieu duquel s’élĂšve une enceinte rectangulaire non couverte, renfermant le tome d’un saint musulman qui, de son vivant, se nommait SĂźdĂź Mohammed el Gharib. On ne sait que bien peu de choses de ce « WalĂź Â» ; tout ce qu’on prĂ©sumer, c’est qu’il Ă©tait Ă©tranger, ainsi que l’indique son nom. Cependant, on croit qu’il serait originaire du Maroc.

Construit Ă  la mode berbĂšre, en pierres sĂšches superposĂ©es et enduite d’un grossier crĂ©pi en terre battue, le mausolĂ©e A plutĂŽt l’allure d’une masure que d’un Ă©dicule funĂ©raire.

L’enceinte rectangulaire mesure 4m20 x 3m25 et 1m50 de hauteur. MalgrĂ© sa faible Ă©lĂ©vation l’un des cĂŽtĂ©s (cĂŽtĂ© nord, faisant face Ă  la route) est percĂ© d’une ouverture de 0m60 de largeur encadrĂ©e de rondins de thuyas dont l’un fait office de linteau. Cette ouverture Ă©troite est munie d’une porte de bois mal Ă©quarri et Ă  moitiĂ© dĂ©molie. Une petite niche destinĂ©e Ă  recevoir les offrandes des pĂšlerins : bougies et piĂšces de monnaies, est mĂ©nagĂ©e dans la paroi interne de l’enceinte.

Le tombe proprement dite, recouverte de 7 carreaux (six rouges et un noir), est limitĂ©e, Ă  la tĂȘte et aux pieds, par deux autres carreaux, Ă  moitiĂ© fichĂ©s en terre, ne laissant dĂ©passer que la partie triangulaire.

Depuis 1927, le moqaddem du saint, qui habite une maisonnette Ă  proximitĂ© du sanctuaire, est un musulman originaire de GĂąames (fraction de la tribu des SuwĂąhliya) ĂągĂ© de 68 ans : ChĂ©tioui Mohammed ben Mohammed. 

On attribue Ă  SĂźdĂź Mohammed el Gharib le pouvoir de guĂ©rir spĂ©cialement les maux d’yeux et aussi les fiĂšvres et les rhumatismes. Ce sont surtout les habitants de SĂźdĂź Amar, des OulĂąd Ziri, de Nemours et d’AĂŻn Kolla qui viennent l’invoquer, de prĂ©fĂ©rence le jeudi et le vendredi, avant le lever du soleil.

Le malade atteint d’ophtalmie fait le pĂšlerinage le jeudi et le vendredi. La premiĂšre fois, il doit se munir d’un Ɠuf pondu le mĂȘme (Ɠuf du jeudi) et le dĂ©poser dans la niche Ă  offrandes, aprĂšs lui avoir fait toucher sept fois l’Ɠil (ou les deux yeux) malade. Ceci fait, il baise dĂ©votement la sĂ©pulture du dĂ©funt, lui adresse sa supplique et retourne chez lui. Le lendemain, il reprend l’Ɠuf dĂ©posĂ© la veille, le casse, en rejette le « vitellus Â» (jaune) et utilise l’albumine en guise de collyre et de liniment. Ce rite Ă  forme magique est assez rĂ©pandu parmi les ruraux de la rĂ©gion.

Les fiĂ©vreux doivent faire des fumigations avec des pincĂ©es de feuilles sĂšches tombĂ©es du lentisque qui ombrage la  Â«hawita Â». Le rite consiste Ă  respirer plusieurs fois les fumĂ©es qui se dĂ©gagent de cette combustion opĂ©rĂ©e Ă  l’aide d’un petit brasĂ©ro de erre cuite (kanoun chez les ruraux, bĂ» juwĂąl ou bĂ» nĂąfekh chez les citadins), ordinairement posĂ© sur le faĂźte de l’un des murs de l’enceinte rectangulaire.

A signaler encore que les rameaux d’un gros thuya, qui retombent en partie sur le mausolĂ©e, sont couverts de petits chiffons nouĂ©s.

MARABOUT DE SIDI AMAR

Situation. â€“ Cette qoubba funĂ©raire est situĂ©e dans le cimetiĂšre du village dit de Sidi Amar, sur le plateau du mĂȘme nom (altitude moyenne 90 Ă  100 mĂštres), Ă  l’E.-S.E. de Nemours, au milieu d’un bouquet de palmiers et de lentisques, Ă  400 mĂštres environ au S.-E. du (Domaine du Moulin».

C’est de cette qoubba vĂ©nĂ©rĂ©e que le plateau et le village tirent leur nom. 

Description. – Elle est elle-mĂȘme entourĂ©e d’une enceinte maçonnĂ©e, sensiblement carrĂ©e, munie d’une ouverture donnant accĂšs dans une petite cour pavĂ©e de briques. La qoubba proprement dite, dont la partie intĂ©rieure n’est mĂȘme pas carrĂ©e, est couverte par un dĂŽme hĂ©misphĂ©rique lĂ©gĂšrement surĂ©levĂ© et surmontĂ© d’un « djĂąmur » se terminant par un croissant lunaire. 

Le « djĂąmur » est une tige de cuivre qui couronne la coupole d’un sanctuaire ou les merlons, ou le lanternon d’un minaret. Cette tige traverse une, deux ou trois boules rondes ou ovoĂŻdes (comme dans la qoubba qui nous occupe) et se termine, soit en pointe de lance, soit par une Ă©toile au centre d’un croissant lunaire, le tout en cuivre. Ici, l’étoile fait dĂ©faut.

Les quatre angles de la construction sont ornĂ©s de merlons assez grossiers surmontĂ©s eux-mĂȘmes d’un croissant de cuivre. Une petite porte basse, possĂ©dant un heurtoir de cuivre non ouvragĂ© permet de pĂ©nĂ©trer Ă  l’intĂ©rieur oĂč se dresse un cĂ©notaphe en bois recouvert de coussins, de tapis, de foulards multicolores, d’étendards de soie enroulĂ©s et de deux petites boites contenant du « jawi» (benjoin).

Enfin, du centre de 1a coupole pend, en guise de lampadaire, un Ɠuf d’autruche garni Ă  demi d’une ceinture formĂ©e de laniĂšres de cuir.

La lĂ©gende. – D’aprĂšs Canal, (Les villes de 1’AlgĂ©rie : Nemours (DjemmĂąa-GhazaouĂąt), (extrait de la Revue de l’Afrique Française, Paris, 1888, p. 26), cette qoubba abrite la dĂ©pouille mortelle d’un marabout du nom de El Hadj Sidi Amar, qui vĂ©cut vers le XIIe siĂšcle de notre Ăšre. Vieillard vĂ©nĂ©rĂ©, sollicitĂ© Ă  ses derniers moments de faire connaitre le lieu qu’il avait choisi pour sa sĂ©pulture, il rĂ©pondit : « Dieu le sait ; Dieu y pourvoira. AprĂšs ma mort, chargez mon corps sur une mule noire et laissez-la marcher au grĂ© de sa fantaisie. A l’endroit oĂč elle s’arrĂȘtera, creusez une fosse, ce sera lĂ  ma derniĂšre demeure Â».

Cette lĂ©gende est Ă  rapprocher de celles rapportĂ©es par R. Basset (NĂ©dromah et les Traras, loco cft., pp. 31 et33, et aussi 71-72), selon lesquelles de nombreux saints sont inhumĂ©s Ă  l’endroit oĂč s’agenouillent une chamelle, un chameau ou une mule portant leur dĂ©pouille. C’est ainsi par exemple que le corps d’Ahmed el Bedjai «fut placĂ© sur une chamelle Ă  qui on laissa prendre la direction qu’elle voulut. A l’endroit oĂč elle s’agenouilla, on bĂątit un tombeau et une mosquĂ©e».

« II y a lieu de croire, rapporte Canal (Le littoral des Trara, Tlemcen, 1886, pp. 148-149) qu’elle n’alla pas bien loin, car la Kouba qui renferme le tombeau de Sidi Amar n’est pas Ă  plus de 300 pas du village. Ce petit mausolĂ©e fut construit peu de temps aprĂšs l’inhumation du saint marabout sur la fosse mĂȘme Â».

Selon une lĂ©gende accrĂ©ditĂ©e Ă  l’époque dans le pays, Sidi Amar et son serviteur noir auraient Ă©tĂ© assassinĂ©s pendant qu’ils priaient, par un homme des Trara qui avait jurĂ© de tuer la premiĂšre personne qu’il rencontrerait sur son chemin, Ă  l’époque oĂč les SuwĂąhliya et les Trara Ă©taient en guerre. On ajoute que le saint homme qui Ă©tait jeune et cĂ©libataire, n’aurait exhalĂ© le dernier soupir qu’aprĂšs avoir eu le temps de terminer son oraison. Quant Ă  son assassin il fut, dit-on, dĂ©vorĂ© par les bĂȘtes sauvages alors qu’il s’enfuyait et que sa chair, rongĂ©e de vers, se dĂ©tachait spontanĂ©ment, lĂ©gende rapportĂ©e par Hadj Bachir Ben Goual.

D’aprĂšs certains musulmans lettrĂ©s et dignes de foi, Sidi Amar s’appellerait Sidi’Amar ben Antar et aurait Ă©tĂ© originaire de Djebel Antar, nom d’une montagne du Sahara.

Quoi qu’il en soit, le sanctuaire de ce « wali » Ă©tait sans contredit le plus vĂ©nĂ©rĂ© de la commune de Nemours, car Sidi Amar est le « moulay al blad », le saint-patron, l’ancĂȘtre Ă©ponyme du village. Tous les ans, aprĂšs le sĂ©chage des figues, une « wa’da » (fĂȘte patronale) donnait lieu Ă  des sacrifices rituels et Ă  des festins champĂȘtres. On y venait des Beni Mishel, des SuwĂąhliya, des Djbala, des Oulad-Ziri, de Djama Sakhra, etc. Pour rehausser la fĂȘte, les cavaliers et les caĂŻds de ces tribus organisaient une brillante « fantasia », tandis que d’autres exĂ©cutaient la « danse du fusil Â».

On attribuait Ă  Sidi Amar le miracle suivant : un musulman ayant volĂ© des vaches Ă  l’un de ses coreligionnaires Ă  proximitĂ© de la qoubba, fut tout surpris, aprĂšs une nuit de marche forcĂ©e, de se retrouver, au lever du jour, Ă  l’endroit mĂȘme oĂč il avait commis le vol.

On racontait encore qu’un autre voleur du village, que Sidi’Amar voulait prĂ©cipiter Ă  la mer, fut sauvĂ© grĂące Ă  la gĂ©nĂ©reuse intervention de Sidi Mohammed el Gharib qui demanda Ă  Sidi ’Amar de pardonner afin que le corps impur du coupable n’eĂ»t pas Ă  passer au-dessus de son propre mausolĂ©e. Sidi Amar se serait alors contentĂ© de faire tomber le voleur Ă  mi-chemin entre sa qoubba et le sanctuaire de son ami Sidi Mohammed el Gharib.

Le culte du saint. C’était de prĂ©fĂ©rence le jeudi et le vendredi que les dĂ©vots faisaient le pĂšlerinage de son tombeau pour obtenir la guĂ©rison de leurs maladies, Sidi Amar ayant la rĂ©putation de guĂ©rir notamment les maux d’estomac, les migraines et les fiĂšvres. On peut y voir les femmes prĂ©lever un peu de terre (imprĂ©gnĂ©e de la « baraka ») pour l’appliquer sur la partie malade.

D’ailleurs, elles emportaient souvent une petite quantitĂ© de terre afin de pouvoir poursuivre le traitement Ă  domicile. Elles ne repartaient pas sans dĂ©poser dans une boite quelques piĂšces de monnaie qui serviront au Moqadem pour l’achat de foulards ou de tapis destinĂ©s Ă  la mosquĂ©e de Sidi Amar. Certains malades graves passaient la nuit dans la qoubba (incubation thĂ©rapeutique).

Les femmes s’y rendaient surtout le lundi qui passait pour ĂȘtre le jour le plus propice. Les tirailleurs de la garnison y allaient le dimanche. Quant aux autres musulmans, ils prĂ©fĂ©raient s’y rendre quand la qoubba Ă©tait dĂ©serte.

MQÂM DE MOULAY ABD-EL QADER EL DJILANI

Cet oratoire Ă©tait situĂ© Ă©galement sur le plateau de Sidi Amar, Ă  180 m. environ au S.-E. de la qoubba du mĂȘme nom, au milieu d’un terrain cultivĂ© Ă  l’endroit mĂȘme oĂč se serait arrĂȘtĂ© Sidi Abd el Qader el Djilani « saint le plus honorĂ© dans toute l’AlgĂ©rie, originaire de GuilĂąn en Perse oĂč il naquit en 470 hĂ©g. (1077-1078) » (Cf. Basset, NĂ©dromah et les Traras, loco. Cit., p. 39. Voir aussi pp 40, 41, 52, 81, 105, 125, 127, 128, 130).

Nombreux sont dans toute l’Afrique du Nord les mqĂąms de Sidi Abd el Qader el Djilani, sur les sommets de montagnes et de collines. R. Basset, dans son « Nedromah et les Traras » cite 10 monuments dĂ©diĂ©s Ă  ce saint : une mosquĂ©e Ă  Beghaoun (SuwĂąhliya), 4 hawch (Safra, DjbĂąla, BĂ©ni-Mishel et Ă  Hadnana), 3 hawita (OulĂąd Zenaga, OulĂąd Fadhel, les Beni-Ziani et les Oulad ‘Aicha) et 2 maqamat (Hedahda et Hadadna).

Le mqĂąm en question se rattachait nettement au type hawita. C’était une simple enceinte de pierres sĂšches, ayant 1 m. 50 environ de hauteur en forme de fer Ă  cheval. L’entrĂ©e, orientĂ©e sensiblement au S.-E., mesurait 0 m. 90 de largeur. Deux vieux thuyas et deux lentisques arborescents, encastrĂ©s dans l’épaisseur de l’enceinte, ombrageaient en partie ce modeste mausolĂ©e dont le sol est envahi par la vĂ©gĂ©tation : asparagus, arisarum et par les infrutescences tombĂ©es des thuyas (janvier 1945).

QUBBA DE SIDI MOHAMMED BEN EZ ZERGA OU ZERKÂ

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Situation. – A 5 km. 900 de Nemours, sur la hauteur qui domine Ă  gauche, la route se dirigeant vers NĂ©droma, se dressait, au milieu d’un bosquet d’oliviers, la blanche qoubba de Sidi Mohammed ben ez Zerga, entourĂ©e d’une petite enceinte de pierres sĂšches et de quelques figuiers de Barbarie.

Description de la qoubba. – La partie cubique, est recouverte d’un toit en forme de dĂŽme surĂ©levĂ©, rappelant quelque peu l’extrĂ©mitĂ© d’un pain de sucre et se terminant par une boule de poterie recouverte d’un Ă©mail vert. E. Laoust (Le folklore marocain, in : Le Maroc, encyclopĂ©die coloniale et maritime, p. 448), Ă©crivait, parlant du mauvais Ɠil : « Des Ă©lĂ©ments architecturaux qui enjolivent des monuments profanes et religieux semblent bien aussi avoir pour raison premiĂšre leur protection contre le mauvais regard plutĂŽt que leur embellissement : les boules vernissĂ©es qui garnissent les angles et le sommet de nombreux sanctuaires n’ont pas d’autre origine ». Des merlons coniques ornent les quatre angles supĂ©rieurs de la construction et l’entrĂ©e rectangulaire du mausolĂ©e est munie d’une porte de bois pouvant se fermer Ă  l’aide d’un verrou extĂ©rieur Â».

En pĂ©nĂ©trant dans l’édicule, on constatait qu’il abritait deux tombes disposĂ©es cĂŽte Ă  cĂŽte, perpendiculairement Ă  l’ouverture d’entrĂ©e. L’une d’elles Ă©tait recouverte de simples carreaux rouges scellĂ©s ; l’autre, de carreaux polychromes modernes. Le sol Ă©tait Ă©galement carrelĂ© (carreaux rouges analogues Ă  ceux qui recouvraient l’une des deux tombes).

A gauche, en entrant, on remarquait, suspendue au mur, une vieille boĂźte aux lettres dĂ©pourvue de porte, servant Ă  recueillir les offrandes des fidĂšles. Elle contenait souvent des piĂ©cettes. A proximitĂ© de cette qoubba les rameaux d’un vieux lentisque Ă©taient couverts de petits chiffons nouĂ©s. C’était l’un des rites par lesquels les musulmanes avaient l’habitude de se dĂ©barrasser de leurs maux.

La lĂ©gende de Sidi Mohammed ben ez Zerga. – D’aprĂšs la tradition orale, ce saint musulman aurait vĂ©cu vers le XVIIe siĂšcle de notre Ăšre et serait un ancĂȘtre de la famille Zrouka Oulad ben Amar, du village des Oulad-Ziri, situĂ© Ă  proximitĂ© de Nemours. C’est tout ce que l’on savait de ce personnage religieux de l’Islam.

Le moqaddem de l’époque, qui Ă©tait un de ses descendants, se nommait Karour Abd el Malek. II habitait le village de Sidi Amar.

Le culte du saint. â€“ Les musulmans des alentours, les femmes surtout, venaient en pĂšlerinage lui demander spĂ©cialement la guĂ©rison de leurs maux d’yeux, de dents et d’estomac. On dit aussi qu’il avait le pouvoir de dĂ©livrer les fous possĂ©dĂ©s par les Jnoun (mauvais dĂ©mons). Trois jeudis de suite, au lever du soleil, les possĂ©dĂ©s Ă©taient enfermĂ©s dans la qoubba, de grĂ© ou de force, durant un laps de temps variable (un quart d’heure Ă  20 minutes) jusqu’a ce qu’ils frappaient Ă  la porte et demandaient Ă  sortir).

Les personnes atteintes d’ophtalmie ou autres maux d’yeux devaient, durant trois jours consĂ©cutifs, s’enduire le pourtour des yeux avec la gomme qui s’écoulait spontanĂ©ment d’une fissure d’un vieil olivier sauvage situĂ© Ă  proximitĂ©. Comme l’écoulement spontanĂ© ne se produisait qu’à certaines pĂ©riodes de l’annĂ©e, il fallait croire que le moqaddem pratiquait de temps en temps une incision sur le tronc de l’arbre qui laissait alors exsuder la gomme ou rĂ©sine d’olivier. Certain employaient cependant le suc des feuilles obtenu par expression.

Ce traitement avait la rĂ©putation d’ĂȘtre d’une efficacitĂ© certaine. Le malade Ă©tait dĂ©finitivement guĂ©ri aprĂšs la troisiĂšme application de cette gomme quasi-sacrĂ©e. D’aprĂšs Abou Bekr Abdeslam (notes sur les amulettes chez les indigĂšnes algĂ©riens, in: Revue Africaine, LXXXI, n° 372, 373, 193 p. 316, note 3), qui cite ma-azzaitoun (la sĂšve de l’olivier): « L’olivier est considĂ©rĂ© comme bĂ©ni. Coran, chap. XXIV, verset 35. Peut-ĂȘtre parce que la colombe de l’arche de NoĂ© apporta Ă  son bec, lors du retrait des eaux, une branche d’olivier, ainsi que le dit l’Évangile Â».

BIT SIDI SAÏD

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Situation. â€“ Le tombeau de Sidi SaĂŻd, entourĂ© de figuiers de Barbarie et d’oliviers, est situĂ© Ă  5 km. 800 de Nemours, Ă  gauche, en bordure de la route menant Ă  NĂ©droma, exactement en face de ce qui Ă©tait Ă  l’époque le « Domaine du Roft » propriĂ©tĂ© qui appartenait Ă  M. Rocca d’Huyteza.

Description du sanctuaire. â€“ Comme l’indiquait son nom, c’était une simple chambre, rectangulaire, blanchie Ă  la chaux, Ă  couverture en terrasse, supportĂ©e par cinq chevrons supportant eux-mĂȘmes des rondins jointifs de thuyas sur lesquels avait Ă©tĂ© coulĂ© le mortier.

L’ouverture par laquelle on y pĂ©nĂ©trait avait une forme d’arc lancĂ©olĂ©e. L’intĂ©rieur Ă©tait d’une pauvretĂ© sordide. Le sol Ă©tait en terre battue et la sĂ©pulture n’était mĂȘme pas indiquĂ©e. Par contre, il existait encore deux petites niches Ă  offrandes. L’une contenait souvent une bougie neuve et des piĂšces de 20 centimes, l’autre abritait un petit kanoun utilisĂ© par les fidĂšles pour brĂ»ler du benjoin ou de l’encens, en l’honneur du saint homme enterrĂ© lĂ .

La lĂ©gende. â€“ Sidi SaĂŻd Ă©tait un noir, mais d’aprĂšs certains habitants, c’était un mulĂątre qui fut, dit-on, le moqaddem de Sidi Mohammed ben ez Zerga, dont la qoubba funĂ©raire Ă©tait situĂ©e Ă  une centaine de mĂštres plus loin, au milieu d’un bosquet d’oliviers sĂ©culaires.

Le culte. – Comme son saint patron, Sidi SaĂŻd jouissait du privilĂšge de guĂ©rir les maux d’yeux et aussi les maladies infantiles. On lui y amenait les enfants ĂągĂ©s de 6 Ă  8 mois, et en particulier ceux qui refusaient obstinĂ©ment de tĂ©ter. Le pĂšlerinage avait lieu plusieurs fois dans la mĂȘme semaine sans qu’il y ait eu un jour dĂ©terminĂ© et particuliĂšrement propice. On remerciait le saint guĂ©risseur en lui offrant des bougies.

DÂR AMOÛR OU LALLA DÂR AMOÛR

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Ce sanctuaire consacrĂ© Ă  une sainte musulmane Ă©tait situĂ© prĂšs du village d’Ain-Kolla, sur la gauche du sentier conduisant Ă  la source, Ă  quelques mĂštres d’un olivier et d’un trĂšs vieux tĂ©rĂ©binthe (botma), sur un tertre dominant la vallĂ©e de l’oued el Mersa.

Il s’agissait en rĂ©alitĂ© d’une simple chambre construite sur plan rectangulaire avec de mĂ©diocres moellons assemblĂ©s Ă  l’argile, sans crĂ©pi extĂ©rieur, rĂ©alisant le type des pauvres habitations rurales du pays. Elle mesurait intĂ©rieurement 4 m. 70 de longueur, 2 m. 30 de largeur et 2 mĂštres environ de hauteur. Cette chambre n’était aĂ©rĂ©e que par une seule ouverture (sans porte) y donnant accĂšs.

Sa toiture Ă©tait constituĂ©e par une douzaine de perches de thuyas soutenant divers branchages et broussailles, le tout recouvert de terre battue. Le sol de cette chambre, longue et Ă©troite, Ă©tait en terre battue. On y remarquait Ă  droite, en entrant, un trou d’oĂč les malades prĂ©levaient toujours un peu de terre employĂ©e comme mĂ©dicament, Ă  gauche, la niche Ă  offrandes traditionnelles et, dans un coin, une civiĂšre utilisĂ©e par les habitants d’Ain-Kolla pour transporter leurs morts

La tombe de la sainte n’était pas apparente. En avant de cette construction, du cĂŽtĂ© de l’ouverture (cĂŽtĂ© Est) existait une enceinte de pierres sĂšches Ă  peu prĂšs circulaire et de faible Ă©lĂ©vation Ă  l’intĂ©rieur de laquelle on distinguait, çà et lĂ , quelques tombes (sept Ă  l’époque)) plus ou moins anciennes, limitĂ©es seulement Ă  la tĂȘte et aux pieds par deux pierres brutes. D’autres tombes existaient aussi Ă  l’extĂ©rieur de la muraille (l’enceinte).

La lĂ©gende. â€“ On sait bien peu de chose sur cette sainte appelĂ©e communĂ©ment Lalla Amoura et Ă  laquelle la famille Amamra, qui habitait Ain-Kolla, prĂ©tendait rattacher son origine. De son vivant elle habitait la maisonnette devenue son sanctuaire par la suite. Les gens d’Ain-Kolla et des alentours venaient souvent lui rendre visite car elle avait dĂ©jĂ  la rĂ©putation de guĂ©rir toutes les maladies.

A l’époque, on venait l’implorer notamment pour la guĂ©rison des enfants malades, ĂągĂ©s de moins de quatre ans. II n’y avait pas de jour fixĂ© par le rituel populaire.

HAWCH DE SÎDÎ BRAHÎM OU BRAHAM

Situation. – Le sanctuaire de ce saint Ă©tait situĂ© dans un champ de terre labourable, Ă  200 mĂštres Ă  l’ouest du village d’Ain-Kolla, non loin des bĂątiments de l’ancienne ferme RomĂ©ro. AdossĂ© Ă  un monticule, prĂšs d’un olivier, il dominait un petit ravin. Le vieil olivier qui existait autrefois s’était perpĂ©tuĂ© par 9 rejets aprĂšs avoir Ă©tĂ© coupĂ© un peu au-dessus du niveau du sol par son ancien propriĂ©taire. La partie du tronc qui subsistait, d’un diamĂštre peu commun, Ă©tait creusĂ© d’une cavitĂ© pouvant abriter un homme accroupi.

Description. – Le mausolĂ©e se compose d’une enceinte rectangulaire, en excellente maçonnerie blanchie Ă  la chaux, mesurant extĂ©rieurement 3 m. 10 de longueur, 2 m. 00 de largeur et 1m. 80 de hauteur, ornĂ©e aux quatre angles de merlons en gradins et munie d’une ouverture, sans porte, de 0 m. 08 de largeur.

En y pĂ©nĂ©trant on constatait, prĂšs du seuil, l’existence d’un trou creusĂ© dans le sol cimentĂ©, permettant aux fidĂšles de prĂ©lever un peu de terre vĂ©gĂ©tale sous-jacente. La niche Ă  offrandes traditionnelles Ă©tait amĂ©nagĂ©e dans l’épaisseur du mur de l’enceinte Ă  droite en entrant.

La lĂ©gende. – Le saint qui serait enterrĂ© lĂ  s’appellerait Brahim ou Braham. C’est un fait avĂ©rĂ©, qu’indĂ©pendamment des saints bien connus de leur vivant, les musulman reconnaissaient Ă©galement comme « wali » les dĂ©funts anonymes dont la sĂ©pulture dĂ©gageait des feux follets. Ces flammes lĂ©gĂšres et produites par les Ă©manations de phosphore d’hydrogĂšne spontanĂ©ment inflammables, Ă©taient considĂ©rĂ©es comme surnaturelles par les ruraux qui y voyaient le doigt d’Allah pour leur dĂ©signer la sĂ©pulture d’un saint homme et l’emplacement des mausolĂ©es (hawita ou hawch) qu’ils devaient bĂątir. Aussi s’empressaient-ils de repĂ©rer l’endroit oĂč ce phĂ©nomĂšne, qui n’avait rien que de trĂšs naturel, s’était manifestĂ©, en y entassant provisoirement des pierres. Dans ce cas, le personnage anonyme Ă©tait le plus souvent, surnomme Sidi bĂ» Qnadil « Monseigneur des LumiĂšres » ou « l’homme aux quinquets ».

C’est exactement ce qui s’était produit pour ce saint, encore que l’initiative de la construction de son mausolĂ©e serait venue d’un colon europĂ©en, dans les circonstances suivantes : des habitants d’Ain-Kolla et des alentours apercevaient souvent, vers le soir, des « petites lumiĂšres » (lueurs) prĂšs du vieil olivier citĂ© plus haut. Les ayant vues Ă  son tour, M. RomĂ©ro, colon europĂ©en habitant Ă  proximitĂ©, rĂ©solut de consulter un « taleb » du village d’Ain-Kolla, un certain Si Abid Abdeslam (cet ancien imam dĂ©cĂ©da en 1940) qui, aprĂšs avoir compulsĂ© de vieux papiers jaunis par le temps, dĂ©crĂ©ta qu’on se trouvait manifestement en prĂ©sence de la sĂ©pulture d’un saint personnage de l’Islam (marabout), appelĂ© Sidi Braham.

C’est ainsi que M. RomĂ©ro, sans doute pour capter la « baraka » du marabout dĂ©funt et se concilier du mĂȘme coup les bonnes grĂąces des musulmans, fit construire, Ă  ses frais vers 1921-1922 et par des maçons europĂ©ens, le mausolĂ©e dĂ©crit ci-dessus afin de signaler les restes de ce saint Ă  la piĂ©tĂ© des fidĂšles. L’emplacement oĂč il s’élevait se serait trouvĂ© dans l’ancien cimetiĂšre d’Ain-Kolla. On y voyait encore quelques vieilles tombes, et parfois, en labourant le terrain environnant, des ossements humains Ă©taient mis Ă  jour par le sac de la charrue.

Les habitants Ă©taient convaincus que ce geste gĂ©nĂ©reux avait portĂ© bonheur Ă  son auteur qui Ă©tait devenu riche par la volontĂ© du saint. Depuis cette Ă©poque ce colon organisait tous les ans, (vers la fin aoĂ»t, dĂ©but septembre), une « wa’da » Ă  laquelle Ă©taient conviĂ©s l’imam, les tolbas et les habitants d’Ain-Kolla et des alentours. Lui-mĂȘme faisait sacrifier, en l’honneur du saint, un mouton de son troupeau. La fĂȘte qui avait lieu de jour, dĂ©butait Ă  midi et prenait fin vers les 4 heures de l’aprĂšs-midi. Les hommes seuls y assistaient.

Le culte. â€“ Ce qui frappait le plus le visiteur qui pĂ©nĂ©trait dans ce « hawch » consacrĂ© Ă  Sidi Brahim c’était la prĂ©sence de nombreuses faucilles usagĂ©es et rouillĂ©es entreposĂ©es sur le faĂźte du mur opposĂ© Ă  l’entrĂ©e. Elles servaient Ă  accomplir le rite par lequel s’opĂ©rait la guĂ©rison des malades. En effet, Sidi Braham Ă©tait spĂ©cialement invoquĂ© pour les affections des voies respiratoires et des poumons (toux, bronchite, etc.). Les femmes qui y menaient leurs enfants se munissaient presque toujours d’une vieille faucille qu’elles passaient une fois sous la gorge du malade et qu’elles abandonnaient aprĂšs usage, en ex-voto. Cf. Laoust (Le folklore marocain, loco cit., p. 449), parlant des moyens employĂ©s pour soigner les mauvais esprits, Ă©crivait : Â« Les Jnoun craignent aussi le fer et l’acier. La croyance en la vertu magique du fer reporte Ă  la prĂ©histoire. On connait la coutume de mettre dans les silos une faucille usagĂ©e ou une vieille lame de couteau, et surtout de clouer un fer Ă  cheval sur la porte des maisons et des Ă©tables Â».

C’était surtout les femmes d’Ain-Kolla et de Tient quelquefois, qui faisaient le pĂšlerinage de ce tombeau, accompagnĂ©es de leurs enfants. On dit aussi que Sidi Braham guĂ©rissait les maux d’yeux et calmait les gencives douloureuses des jeunes enfants de 6 mois qui perçaient leurs premiĂšres dents.

L’EMPREINTE DE SERHAN (CHEVAL DE SIDNA ALI)

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A 1 km. 500 au S.-E. environ de Nemours, sur la hauteur qui domine Ă  l’est le jardin Eyries, l’oued Ghazouanah et le chemin dĂ©partemental n°46 (de Nemours Ă  NĂ©droma) on remarquait l’existence d’une petite empreinte de pierres sĂšches de faible Ă©lĂ©vation (hawita), ombragĂ©e par un lentisque et quelques vieux thuyas dont les rameaux Ă©taient couverts de lambeaux d’étoffe.

A l’intĂ©rieur de ce misĂ©rable entourage, on distinguait trĂšs nettement sur le sol calcaire (tuf), deux empreintes affectant Ă  s’y mĂ©prendre l’une la forme d’un pied humain, l’autre celle d’un sabot de cheval, d’une grandeur dĂ©mesurĂ©e.

La lĂ©gende. â€“ Les autochtones affirmaient qu’il s’agissait lĂ  des traces laissĂ©es par Ali ben Abou Taleb, gendre et cousin du ProphĂšte Mohammed et par l’un des sabots de son coursier « Serhan » Ă  la suite d’un saut prodigieux de plus de 500 mĂštres dont le point de dĂ©part initial aurait Ă©tĂ© la crĂȘte des falaises du village des Oulad Ziri.

Bien entendu, seul le cheval de Sidi Ali, ce « champion de l’Islam », auquel la lĂ©gende populaire attribuait une taille gigantesque, pouvait laisser une empreinte semblable. Certains musulmans reconnaissaient cependant qu’il y avait erreur, Ă©tant donnĂ©, disaient-ils, qu’Ali ne serait jamais venu dans cette rĂ©gion. II s’agirait alors d’un autre compagnon du ProphĂšte, peut-ĂȘtre Abd Allah ben Djaafar, le conquĂ©rant de l’Afrique. Mais comme le dit si bien Desparmet (loc.cit., p. 219) : « tous les hĂ©ros de l’épopĂ©e arabe ont une tendance manifeste Ă  se fondre dans le personnage lĂ©gendaire d’Ali. II est le « hĂ©ros des hĂ©ros », le chevalier des Orients et des Occidents, l’épĂ©e d’Allah dĂ©gainĂ©e
 Â». J. Desparmet (Les chansons de geste de 1830 Ă 1914- dans la Mitidja, planche II), donne la reproduction d’un tableau populaire reprĂ©sentant « Sidi Ali ben Taleb, Khalife du ProphĂšte, combattant Ras el Ghoul (l’ogre) Â». MontĂ© sur un cheval noir, il transperce l’ogre de son Ă©pĂ©e bifide.

Quoi qu’il en soit, cet endroit appelĂ© par les musulmans « le pied de Serhan Â» ou plus simplement « Serhan» Ă©tait trĂšs frĂ©quentĂ© par les femmes musulmanes qui accrochaient des morceaux d’étoffe aux branches du thuya sacrĂ© lorsqu’elles y venaient avec leurs jeunes enfants malades. « Serhan », en effet, avait la spĂ©cialitĂ© de les guĂ©rir des maux de gorge et des maladies des voies respiratoires.

Le pĂšlerinage devait se faire le matin avant le lever du soleil un jour quelconque de la semaine. A cette heure matinale, les femmes devaient se faire accompagner par un homme, mari ou proche parent.

L’un des rites consistait essentiellement, aprĂšs avoir prononcĂ© l’invocation, Ă  faire brĂ»ler quelques pincĂ©es de feuilles sĂšches, ramassĂ©es sur le thuya et Ă  respirer les fumĂ©es qui s’en dĂ©gageaient (fumigations). Le plus souvent aussi le malade s’exposait aux fumĂ©es qu’il s’efforçait de faire pĂ©nĂ©trer Ă  travers tous ses vĂȘtements pour s’imprĂ©gner le plus possible de la « baraka ».

Le second rite suivi est analogue Ă  celui pratiquĂ© au sanctuaire de Sidi Braham : la maman passait successivement sous le menton de son enfant malade, une, trois ou sept faucilles. Ici encore on constatait prĂšs de l’enceinte un amas de vieilles faucilles, des dĂ©bris de fer Ă  cheval et des fragments de cercles de tonneau. Les bougies laissĂ©es par les pĂšlerins Ă©taient recueillies par les « tolba ».

Le culte rendu Ă  « Serhan » nous apparaĂźt comme un exemple typique de culte idolĂątrique dont l’Islam s’est emparĂ© pour le rendre licite, en y mĂȘlant le souvenir du compagnon insĂ©parable et prĂ©fĂ©rĂ© du ProphĂšte.

Nous commencerons l’Ă©tude des sanctuaires situĂ©s sur le plateau des OulĂąd ZĂźrĂź par les sĂ©pultures des Oulad ben Abd-er-RahmĂąn.

SEPULTURES DES BEN ABD ER RAHMAN

C’est dans le vieux cimetiĂšre du village des Oulad Ziri qu’étaient inhumĂ©s plusieurs personnages vĂ©nĂ©rĂ©s appartenant Ă  une mĂȘme famille maraboutique, les Oulad dont l’ancĂȘtre, Sidi bou DjemaĂą, s’était fixĂ© dans le pays vers le XVIIIĂš siĂšcle de notre Ăšre. Par la suite, tous les descendants de ce « wali » qui Ă©taient des « « tolba » jouirent durant leur vie d’une grande rĂ©putation pour leur savoir et leur piĂ©tĂ©.

Parmi ceux-ci nous parlerons de Sidi ‘Abd er RahmĂąn, surnommĂ© MĂ»l z-ZitĂ»na, puis de Sidi Mohammed et de ses quatre fils.

SIDI BOU DJEMAA BEN ‘ABD ER RAHMAN (MUL N-NAKHLA)

Quelques pierres seulement marquaient l’emplacement de sa sĂ©pulture qu’ombrageaient un trĂšs vieux palmier, des lentisques arborescents et quelques jujubiers sauvages. On prĂ©tend que la qoubba construite autrefois sur sa tombe se serait effondrĂ©e par la volontĂ© du saint, quelques jours aprĂšs qu’elle eut Ă©tĂ© terminĂ©e.

La lĂ©gende â€“ Originaire d’Alger, il aurait habitĂ© successivement Montagnac avant de se fixer dĂ©finitivement chez les OulĂąd Ziri oĂč il rendit le dernier soupir. En outre, d’aprĂšs l’un de ses descendants, Mrabet Derrer, qui Ă©tait le fils de Mohamed Ben Mohammed Ben ‘Abd er RahmĂąn, ĂągĂ© Ă  l’époque de plus de 70 ans et dĂ©cĂ©dĂ© le 13 aoĂ»t 1947, il serait le fils de Sidi bou DjemaĂą (enterrĂ© Ă  Tlemcen, Ă  100 mĂštres de la porte de FĂšs, sur la route de Mansoura), le petit-fils de Sidi Hossini ben ‘Abd er Rahman, enterrĂ© Ă  Montagnac et l’arriĂšre-petit-fils du cĂ©lĂšbre Sidi ‘Abd er Rahman et Ta’alibi, patron d’Alger, inhumĂ© Ă  cĂŽtĂ© de la MĂ©dersa, dans le quartier de Bab-el-Oued. Ce saint personnage de l’Islam en 788 hĂ©g. (1387) et mourĂ»t en 875 hĂ©g. (1470).

D’aprĂšs Trumelet, (L’AlgĂ©rie lĂ©gendaire, en pĂšlerinage çà et lĂ  aux tombeaux des principaux thaumaturges de l’Islam, Alger, 1892, pp. 494-495), « Sidi bou DjemaĂą dont le mausolĂ©e s’élĂšve sur la route de Mansoura, vivait dans le courant du XIVe siĂšcle de notre Ăšre et n’était qu’un pauvre chevrier (nĂ© dans la montagne des Trara), avant de partir pour Tlemcen oĂč il s’arrĂȘta pour s’établir devant la porte d’El Kechchout ». Mrabet Derrer lui donnait le nom de Sidi bou DjemaĂą ben Hossini ben ‘Abd er Rahman.

Sans s’appesantir sur cette parentĂ© invraisemblable qui, sans nul doute, est de pure invention ici, il faut simplement remarquer que « notre » Sidi bou DjemaĂą ben ‘Abd er Rahman est le plus souvent appelĂ© « Sidi bou DjemaĂą » tout court ou « Sidi Mul n-Nakhla Â», « Monseigneur le maĂźtre du palmier », en raison du palmier dont il a Ă©tĂ© question ci-dessus.

Le culte. – Les musulmans attribuent Ă  ce « wali » le pouvoir miraculeux de guĂ©rir toutes les maladies et, en particulier, les affections de poitrine : rhume, bronchite, coqueluche, etc.

Les feuilles du palmier sĂ©culaire qui indique le lieu de la sĂ©pulture sont douĂ©es, d’aprĂšs la tradition, de vertus curatives vraiment merveilleuses. En effet, les malades qui y. venaient en pĂšlerinage devaient porter, durant 3 ou 4 jours, un collier fait de deux laniĂšres de feuilles. Ce collier, une fois la guĂ©rison obtenue, ne doit jamais ĂȘtre mis au rebut, ni brĂ»lĂ©. On a coutume de le dĂ©poser prĂšs du palmier. Tous les animaux et les vaches en particulier sont traitĂ©s de la mĂȘme façon. La confiance en ce saint vĂ©nĂ©rĂ© est si grande que les malades graves, considĂ©rĂ©s comme perdus, sont transportĂ©s, mĂȘme de nuit, sur sa sĂ©pulture. A noter, pour finir, que le lentisque le plus rapprochĂ© Ă©tait couvert de chiffons que les femmes y accrochaient.

SÎDÎ ’ABD ER RAHMÂN (MÛL Z-ZITÛNA)

Il est inhumĂ© Ă  200 m environ de son pĂšre (SĂźdĂź bou DjemaĂą). Sa tombe entourĂ©e de quelques pierres, est marquĂ©e par un vieil olivier sauvage qui a valu Ă  ‘SĂźdĂź Abd er Rahman le surnom de « MĂ»l z-ZitĂ»na, le maitre de l’olivier ». il a la spĂ©cialitĂ© de guĂ©rir les maux d’yeux (ophtalmie).

Le culte. – Au cours du pĂšlerinage qui a lieu un jour quelconque de la semaine, avant le lever du soleil, les les malades utilisent en collyre la sĂšve qui s’Ă©coule Ă  la base de l’olivier, par une fissure.

SÎDÎ MOHAMMED BEN ‘ABD ER RAHMÂN

Fils du précédent, il était aussi enterré dans le cimetiÚre des Oulad-Ziri.

II eut quatre fils : Mohammed ben Mohammed, surnommĂ© El-KĂ©bir M’Hammed ben Mohammed, Hadj Bachir ben Mohammed et Mohammed ben Mohammed, surnomme SĂ©ghir. 

Le second et le troisiÚme étaient frÚres jumeaux

a) Sidi Mohammed el KĂ©bir : Fils aĂźnĂ© de Sidi Mohammed ben ‘Abd er Rahman, il Ă©tait nĂ© aux Oulad Ziri et avait Ă©tudiĂ© le Coran Ă  Gnadis (Suwahliya) prĂšs d’Ain-Zemmour oĂč il rĂ©sidait. Quand il mourut, en 1886, les habitants de Gnadis, qui avaient pu apprĂ©cier la valeur et la piĂ©tĂ© de leur vĂ©nĂ©rĂ© « taleb », insistĂšrent avec force auprĂšs de la famille des Oulad ben ‘Abd er Rahman pour que sa prĂ©cieuse dĂ©pouille, source de « baraka », demeurĂąt dans leur village. C’est pour cette raison que Sidi Mohammed ben Mohammed ben ‘Abd er Rahman, dit El KĂ©bir ne fut pas enterrĂ© dans son village natal.

b) Sidi M’Hammed ben Mohammed : Naquit aux Oulad-Ziri, mais se fixa Ă  DjĂąma Sakhra (Suwahliya), prĂšs du pont des Trembles sur la route menant de Nemours Ă  NĂ©droma, oĂč il mourut en 1901 et oĂč il fut enterrĂ©.

Sa tombe Ă©tait visitĂ©e par les musulmans de l’endroit et des alentours qui l’invoquaient pour la guĂ©rison des fiĂšvres. Le fiĂ©vreux buvait un peu, d’eau Ă  laquelle Ă©tait ajoutĂ©e une pincĂ©e de terre de sa sĂ©pulture.

Les deux fils de ce saint guĂ©risseur: Si Abd el QĂąder ben Mohammed et Mrabet Derrer ben Mohammed vivaient encore Ă  l’époque de ces faits. C’est ce dernier qui avait donnĂ© la majeure partie des renseignements concernant les OulĂąd ben Abd er RahmĂąn.

c) Hadj Bachir ben Mohammed : FrĂšre jumeau du prĂ©cĂ©dent, il mourut en 1918 et fut inhumĂ© aux OulĂąd-Ziri.

Il a la rĂ©putation de guĂ©rir les fiĂšvres et aussi les maux de ventre : colique, dysenterie, etc. Le rite consistait Ă  absorber un peu de terre de sa sĂ©pulture Ă  l’aide d’une petite quantitĂ© d’eau chaude et sucrĂ©e. Ce remĂšde pouvait ĂȘtre pris soit sur le lieu de sa sĂ©pulture, soit Ă  domicile.

d) Mohammed ben Mohammed SĂ©ghir : NĂ© aux Oulad-Ziri, il mourut en 1911 et fut enterrĂ©, comme l’un de ses frĂšres, Ă  DjĂąma Sakhra.

Ainsi donc, des quatre fils de Sidi Mohammed ben ‘Abd er Rahman, seul Hadj Bachir ben Mohammed est enterrĂ© dans le cimetiĂšre des Oulad Ziri.

HAWITA DE SIDI HADJ BEL KHEIR

La tombe de ce saint est situĂ©e dans le vieux cimetiĂšre des Oulad Ziri, Ă  100 mĂštres environ de celle de Sidi ‘Abd er Rahman (MĂ»l z-Zituna). Elle Ă©tait clĂŽturĂ©e par une petite enceinte basse en pierres sĂšches (hawita).

La lĂ©gende. â€“ On prĂ©tend qu’il Ă©tait d’origine chĂ©rifienne et qu’il venait du Sahara (Tafilalet). Les musulmans les mieux informĂ©s du village assuraient que Sidi Hadj Bel Kheir vint se fixer aux Oulad-Ziri bien avant Sidi bou Djemaa ben ‘Abd er Rahman surnomme Mull n-Nakhla.

Quoi qu’il en soit, sa tombe Ă©tait trĂšs visitĂ©e, car le dĂ©funt avait le pouvoir de guĂ©rir les fiĂšvres. Le malade devait s’étendre sur sa tombe trois jours de suite (de prĂ©fĂ©rence le mercredi, le jeudi et le vendredi) durant 2 ou 3 heures (incubation thĂ©rapeutique).

HAWCH DE LALLA FA’TNA

Situation. – Le mausolĂ©e de cette sainte femme, situĂ© sur le plateau des Oulad Ziri, Ă©tait adossĂ© contre le mur d’une maison d’habitation du village, d’oĂč l’on dominait le ravin oĂč coule l’oued Melah. Il a Ă©tĂ© construit vers 1932, aux frais d’un riche musulman de Nemours, M. Hadj ben Salah, originaire de Beghaoun. Auparavant, la dĂ©pouille mortelle de Lalla Fatna reposait prĂšs d’une petite chambre qui servait d’oratoire et qui menaçait de s’écrouler.

Description. La tombe, marquĂ©e par un lĂ©ger exhaussement de terre entourĂ©e de briques mal jointes, se trouvait Ă  l’intĂ©rieur d’une enceinte rectangulaire bĂątie en maçonnerie, revĂȘtue d’un crĂ©pi au ciment et mesurant 3 m. 90 x 3 m. 70 et 1 m. 30 environ de hauteur. Les quatre angles Ă©taient surmontĂ©s de merlons scalaires (de 7 marches droites) en briques. On pĂ©nĂ©trait dans cette petite cour Ă  ciel ouvert par une ouverture de 0 m. 70 de largeur.

La lĂ©gende. – Une tradition, rapportĂ©e par l’ancien Cheikh des Oulad Ziri en mars 1941, faisait de Lalla Fatna la fille de Sidi Brahim dont la cĂ©lĂšbre qoubba historique, situĂ©e Ă  10 km au S.-W. de Nemours, servit de refuge aux survivants de la colonne Montagnac. C’est pourquoi on lui donnait quelquefois le nom de Lalla Fatna bent Brahim ou Braham. Certains musulmans affirmaient qu’elle serait nĂ©e Ă  Sidi Brahim et qu’elle n’avait pas toute sa raison.

D’aprùs M. Guin, ancien interprùte principal de la division, d’Oran, Sidi Brahim el Bedai serait originaire des Bedea, un des groupes venus d’Espagne lors de la grande expatriation.

Le culte de la sainte â€“ Lalla Fatna- Ă©tait surtout invoquĂ©e pour la guĂ©rison des maux de gorge, des hernies, des furoncles, des abcĂšs et des enflures de toutes sortes. Les malades devaient s’appliquer un cataplasme prĂ©parĂ© avec la terre qui recouvrait la sĂ©pulture, qu’ils mĂȘlaient soit avec du vinaigre ou de l’eau, soit encore avec de la poudre de hennĂ©. TrĂšs visitĂ©, le hawch de cette sainte Ă©tait entretenu par la piĂ©tĂ© des habitants du village des Oulad Ziri. II n’a pas de moqaddem.

QUAWIRA DE SIDI BEN AISSA

Situation et description. – L’édicule qui marquait l’emplacement de la sĂ©pulture de cet saint Ă©tait situĂ© sur le plateau des Oulad-Ziri, Ă  50 mĂštres environ de l’école française.

C’était une enceinte rectangulaire, extrĂȘmement grossiĂšre, bĂątie en maçonnerie de moellons et d’argile et mesurant 6 m. X 4 m. et 0 m. 65 de hauteur moyenne. Une Ă©troite ouverture, n’ayant pas plus de 0 m. 65 de largeur, permettait d’y pĂ©nĂ©trer. A noter Ă  l’intĂ©rieur l’existence d’une niche Ă  offrandes.

La lĂ©gende. – On ne sait absolument rien de prĂ©cis sur ce santon. Les uns disaient qu’il Ă©tait originaire du Tafilalet, d’autres de Mascara. On admettait nĂ©anmoins qu’il vivait i1 y a au moins quatre siĂšcles.

Le culte. – Ce sanctuaire, qui n’était plus assez frĂ©quentĂ©, paraissait quelque peu abandonnĂ©. Cet abandon Ă©tait dĂ» Ă  l’absence de moqaddem et aussi Ă  ce que le saint n’avait pas de descendants dans le village. En 1941, l’enceinte en partie effondrĂ©e Ă©tait envahie par les herbes et les broussailles.

Cependant, Sidi ben Aissa passait pour guĂ©rir les jeunes enfants, ĂągĂ©s de 8 Ă  15 mois. Il s’agissait le plus souvent de bĂ©bĂ©s qui pleuraient et dont on ignorait la maladie. On les y menait le matin, avant le lever du soleil.

MQÂM DE SIDI MOHAMMED OULD SIDI ‘ALI EL BEKKAÏ.

Situation â€“ Ce mqam, qui n’existait plus depuis plusieurs annĂ©es dĂ©jĂ , et dont on ne voyait plus aucune trace de construction, le terrain ayant Ă©tĂ© labourĂ© depuis 1942 environ, Ă©tait situĂ© prĂšs de deux figuiers, Ă  l’ouest des Oulad Ziri, au lieu-dit « A’chiba ZbaĂŻr », Ă  gauche du chemin muletier se dirigeant vers Dmin, Biayet, Tient, etc.

C’était une modeste petite enceinte circulaire de pierres sĂšches n’ayant pas plus de 0 m. 50 de hauteur. L’entrĂ©e Ă©tait dirigĂ©e vers l’est.

LA LEGENDE DE SIDI MOHAMED OULD SIDI ‘ALI EL BEKKAÏ

Il Ă©tait, dit-on, le petit-fils de Sidi Ali El BekkaĂŻ dont la sĂ©pulture se trouvait dans l’oued des Beni-Ouaklane, chez les Beni Mengouch (Beni Isnasen). D’aprĂšs L. Voinot Â« Oudjda et l’Amalat » (loc. cit., p. 83), « ce Sidi Ali el Bekkaye serait le frĂšre de Sidi MĂąafa qui aurait vĂ©cu Ă  la fin du XVIIe siĂšcle et au dĂ©but du XVIIIe siĂšcle, et dont le tombeau, trĂšs vĂ©nĂ©rĂ©, se trouvait dans le ravineau du Djebel el Hamra des environs d’Oudjda. Sidi AĂŻssa enterrĂ© au sud des jardins d’Oudjda serait Ă©galement le frĂšre de Sidi MĂąafa ».

La lĂ©gende rapportait que Sidi Mohammed Ă©tant venu dans la rĂ©gion acheter du maĂŻs, de l’orge, de la semoule et de la farine, fut assassinĂ© par des Mzaoura (Suwahliya) alors qu’il avait terminĂ© le chargement de ses mulets et faisait route vers sa tribu, en compagnie de quelques compagnons parmi lesquels se trouvaient un noir et son « khammas ».

C’est Ă  l’endroit oĂč eut lieu le meurtre qu’on Ă©leva le mqam qui lui fut consacrĂ©, mais sa dĂ©pouille mortelle reposerait prĂšs de celle de son grand-pĂšre : Sidi Ali el BekkaĂŻ. Ce meurtre, qui datait Ă  l’époque de seulement d’une cinquantaine d’annĂ©es aurait provoquĂ©, dit-on, la rĂ©vocation du caĂŻd Akrour.

Son Ă©lĂ©vation au rang de saint se justifiait amplement aux yeux des musulmans par le fait miraculeux que la corde de sa za’boula (sacoche portĂ©e en bandouliĂšre) ne put se consumer aprĂšs avoir subi l’action du feu pendant deux ou trois jours.

On venait l’invoquer pour la fiùvre. Le rite consistait à faire des fumigations avec quelques fragments de broussailles.

HAWCH SIDI AÏSSA

Situation. â€“ Le sanctuaire de ce santon domine, Ă  droite, la route de Martimprey du Kiss, Ă  200 mĂštres environ au-delĂ  du nouveau pont construit sur l’oued Abdallah, Ă  4 kilomĂštres de Nemours. II est construit au milieu d’un dĂ©licieux bosquet de lentisques, thuyas, oliviers et caroubiers, facilement accessible puisque la distance qui le sĂ©pare de la route n’est que d’une quarantaine de mĂštres.

Description. â€“ RestaurĂ©e depuis une quinzaine d’annĂ©es, (nous sommes dans les annĂ©es 40) l’enceinte non couverte, en maçonnerie blanchie Ă  la chaux, Ă©tait formĂ©e de quatre murs, construits sur plan rectangulaire. Elle possĂ©dait aux quatre angles, de grossiers merlons plus ou moins coniques et une entrĂ©e, dĂ©munie de porte. Elle Ă©tait dĂ©corĂ©e, au-dessus du linteau, par un bandeau rustique de briques pleines s’opposant aux bĂątons rompus, encastrĂ©s dans l’épaisseur du mur. Le sol, Ă  l’intĂ©rieur de cette petite cour, Ă©tait pavĂ© de grosses pierres plates jointĂ©es au ciment.

La tombe du saint, de 2 mĂštres de longueur, Ă©tait formĂ©e d’une lĂ©gĂšre surĂ©lĂ©vation, recouverte de carreaux rouges modernes. Deux de ces carreaux avaient Ă©tĂ© intentionnellement soulevĂ©s afin de permettre aux visiteurs d’y prĂ©lever un peu de terre qu’ils portaient comme « porte-bonheur » ou comme mĂ©dicament.

Elle Ă©tait limitĂ©e, Ă  la tĂȘte et aux pieds, par une pierre plate dressĂ©e. A signaler, creusĂ©e dans l’épaisseur du mur opposĂ© Ă  l’entrĂ©e, une niche Ă  offrandes et, dans un coin de la construction, un petit brasero de terre cuite, « mejmar », utilisĂ© pour faire les fumigations rituelles oĂč brĂ»le le « jawi » (benjoin).  `

Aux branches d’un vieux lentisque, dont le feuillage retombait en partie sur ce blanc mausolĂ©e, Ă©taient accrochĂ©s des lambeaux d’étoffe et des petits foulards multicolores (ex-voto).

Il existait autour de ce sanctuaire une douzaine au moins de tombes trĂšs frustes, dĂ©limitĂ©es simplement par des pierres sans aucune inscription. Il s’agissait d’un petit cimetiĂšre oĂč l’on enterrait encore quelquefois les musulmans des alentours.

La lĂ©gende de Sidi AĂŻssa. – D’aprĂšs le moqaddem de l’époque, SĂ©founi Kaddour ben Mohammed, descendant de Sidi AĂŻssa, et habitant les Ouled Ziri, Ă©tait le moqaddem officiel du tombeau de Sidi AĂŻssa en 1919. II avait chargĂ© un nomme Hachem ‘Ali ben ‘Ali, qui demeurait Ă  proximitĂ©, de le supplĂ©er dans ses fonctions, AĂŻssa aurait vĂ©cu il y a plusieurs siĂšcles (4 ou 5) et aurait habitĂ© une maisonnette dont on pouvait voir encore les vestiges sur une hauteur voisine de son tombeau. II s’appelait Sidi Aissa ben ‘Abdallah ben Souna et mourut cĂ©libataire.

Son pĂšre, Abdallah, agriculteur de son Ă©tat, possĂ©dait deux propriĂ©tĂ©s rurales (connues sous les noms de Znaden et Zeroualen) appartenaient encore, avant l’occupation française, aux Oulad Souna descendants du pĂšre de Sidi Aissa. Il est permis de supposer que ces deux propriĂ©tĂ©s dĂ©pendant de la tribu des Oulad Ziri furent comprises avec celles que les arrĂȘtĂ©s des 18 aoĂ»t et 16 dĂ©cembre 1846 avaient frappĂ©es de sĂ©questre en raison des actes d’hostilitĂ© commis par les membres de cette tribu qui passaient pour la plus rĂ©calcitrante du cercle de Nemours. Les Oulad Ziri, comme on le sait, assassinĂšrent les malheureux officiers et soldats français qui avaient Ă©chappĂ© au dĂ©sastre de Sidi Brahim, L’arrĂȘtĂ© gubernatorial du 19/8/1853 avait approuvĂ© la liste nominative des musulmans atteints par le sĂ©questre et avait dĂ©finitivement rĂ©uni au domaine de l’État toutes les propriĂ©tĂ©s appartenant aux tribus Ă©migrĂ©es. D’autre part, sur la liste des villages Ă©vacuĂ©s par les Oulad Ziri, afin de permettre la constitution du lotissement, on pouvait lire : « Zerouali », qui ne comprenait d’ailleurs que trois maisons en ruines, d’aprĂšs l’état datĂ© du 26 mai 1858, et signĂ© du commandant BeauprĂȘtre. Peut-ĂȘtre s’agissait-il de cette propriĂ©tĂ©.  

Une partie seulement de ces terrains Ă©tait « habous » et Ă©tait gĂ©rĂ©e par le moqaddem, lui-mĂȘme descendant de cette famille. Le produit de la location de ces biens « habous » Ă©tait utilisĂ© en grande partie pour tenir le sanctuaire, et pour cĂ©lĂ©brer la « wa’da » annuelle, fĂȘte patronale donnant lieu Ă  un grand repas communiel offert par les Oulad ben Souna qui comptaient, dans le village des Oulad Ziri, plus de 53 feux. Chaque mĂ©nage de cette nombreuse famille maraboutique donnait son obole au moqaddem chargĂ© de la collecte et de l’achat des moutons devant ĂȘtre Ă©gorgĂ©s en l’honneur du marabout vĂ©nĂ©rĂ©. A ces moutons, venaient s’ajouter ceux offerts bĂ©nĂ©volement Ă  la suite de vƓux. 

Les quartiers de viande Ă©taient ensuite judicieusement repartis entre les familles donatrices chargĂ©es, Ă  leur tour, de prĂ©parer le couscous traditionnel et les mets divers. De la mosquĂ©e un crieur public faisait connaĂźtre ce jour-lĂ , Ă  tous les habitants du village Oulad Ziri, que la fĂȘte de Sidi AĂŻssa devait ĂȘtre cĂ©lĂ©brĂ©e le soir et que les hommes et les enfants mĂąles Ă©taient invitĂ©s Ă  prendre part au repas rituel. Ce repas avait lieu dans les salles de la mosquĂ©e et non, comme on aurait pu le croire, autour du sanctuaire de Sidi AĂŻssa. C’étaient les membres de la grande famille des Ben Souna qui faisaient eux-mĂȘmes le service en l’honneur de leur saint tutĂ©laire. AprĂšs le thĂ© Ă  la menthe, la fĂȘte se terminait par une priĂšre gĂ©nĂ©rale.

Sidi Aissa Ă©tait investi du pouvoir de guĂ©rir spĂ©cialement les enfants en bas Ăąge (de 4 Ă  6 mois) de l’entĂ©rite, de la fiĂšvre, de la grippe et de l’ƓdĂšme des membres infĂ©rieurs. Pendant trois jeudis consĂ©cutifs, on les laissait seuls dans le sanctuaire, couchĂ©s prĂšs de la tombe du saint, pendant 10 Ă  20 minutes.

Un autre rite consistait Ă  frotter le corps des bĂ©bĂ©s fiĂ©vreux ou grippĂ©s avec une poignĂ©e de terre prĂ©levĂ©e dans la tombe du saint. Cette terre, quelquefois mĂ©langĂ©e d’eau, Ă©tait appliquĂ©e en guise de cataplasme sur les parties malades. Le moqaddem, pour Ă©viter Ă  la longue la disparition quasi-totale de la terre recouvrant le dĂ©funt, Ă©tait obligĂ© d’en ajouter de la nouvelle de temps en temps, dans le trou mĂ©nagĂ© au milieu de la tombe par le soulĂšvement de deux des carreaux qui la recouvraient.

Les petits malades étaient parfois exposés aux fumigations produites avec un mélange de terre (de la sépulture) et de jawi sur des braises.

Beaucoup de musulmanes, au cours des trois pĂšlerinages, avaient coutume de dĂ©poser entre les interstices des briques dĂ©corant le dessus de l’entrĂ©e du mausolĂ©e, une petite poignĂ©e de grains d’orge et de sel. Ces grains d’orge Ă©taient destinĂ©s, disait-on, Ă  servir de pĂąture aux petits oiseaux qui nichaient dans le bosquet sacrĂ©.

Cette pratique n’était pas sans analogie avec celle que M. A. Bel avait eu l’occasion de signaler aux environs de Tlemcen, dans le cimetiĂšre musulman d’Eul Eubbab (Sidi BoumĂ©dienne) oĂč, sur certaines tombes, on avait l’habitude de placer un petit rĂ©cipient que l’on remplissait d’eau de temps Ă  autre pour les oiseaux du ciel. « Cette coutume, Ă©crivait-il, remontait Ă  une vieille croyance paĂŻenne de la transformation de l’ñme en oiseau aprĂšs la mort Â».

Le tombeau de Sidi AĂŻssa Ă©tait trĂšs frĂ©quentĂ©. On y venait de toutes les tribus TrĂąrĂą des environs : Msirda, Suwahliya, Djbella, etc. Certaines juives de Nemours qui y venaient aussi en pieuses visites, de prĂ©fĂ©rence les lundis, mardis et vendredis, mais jamais le samedi, semaient Ă  la volĂ©e dans la cour intĂ©rieure du sanctuaire une poignĂ©e d’orge mĂ©langĂ©e de sel. Le sel est une des substances aux vertus magiques qui passe pour prĂ©server des Jnoun. « Un peu de sel jetĂ© dans un feu qui crĂ©pite, Ă©crivait Laoust (Le folklore marocain, loc, cit., p. 449), suffit Ă  Ă©teindre l’ardeur des esprits qui ont pris possession du foyer. On rĂ©pand du sel sous le lit de l’accouchĂ©e, sur l’emplacement choisi pour dresser les tentes du douar, sur les tas de grains et dans les silos. On passe du sel sur la lame du couteau qui va servir au sacrifice de quelque animal. C’est Ă  cause du sel qu’elle contient que la mer n’est pas hantĂ©e par les Jnoun Â».

Les sanctuaires de Sidi Aïssa et de Sidi Moussa étaient les seuls qui étaient fréquentés par les femmes israélites de Nemours.

QUBBA DE SIDI MOHAMMED EL MESTARI

Situation. – SituĂ©e Ă  l’extrĂ©mitĂ© ouest de la commune de Nemours au milieu de vieux lentisques arborescents, elle domine, Ă  droite, l’oued El Arkoub, Ă  sec la plupart du temps, sauf en pĂ©riode de crue.

Description sommaire de la qoubba. – TrĂšs ancienne, la qoubba de Sidi Mohammed el Mestari avait Ă©tĂ© restaurĂ©e complĂštement. Elle Ă©tait remarquable par son dĂŽme octogonal (comme les qoubba du moyen-Ăąge Maghrebin), orne d’un djĂąmur constituĂ© par une tige de fer forgĂ© se terminant par un croissant lunaire.

La partie cubique mesurait sensiblement 3 m. x. 35 de cĂŽtĂ© et 2 m. 34 de hauteur. C’était la plus belle qoubba de la commune. En forme d’arc lĂ©gĂšrement outrepassĂ©, l’ouverture y donnant accĂšs mesurait 1 m. 30 de hauteur et 0 m. 30 de largeur (partie infĂ©rieure).

L’intĂ©rieur prĂ©sentait l’aspect d’une petite chambre carrĂ©e, blanchie Ă  la chaux, sans sĂ©pulture apparente. Le sol Ă©tait recouvert de nattes d’alfa. La coupole, comme on pouvait le constater, Ă©tait construite sur pendentifs.

Sur le mur faisant face Ă  l’entrĂ©e, on pouvait lire, en arabe, la formule sacramentelle, profession de foi du musulman : « La ilah illa Allah, Mohammed rassoul Allah Â». Cette inscription Ă©manait sans doute d’un taleb frĂ©quentant la mosquĂ©e et l’école coranique situĂ©e Ă  quelques mĂštres de la qoubba. La petite mosquĂ©e d’El Arkoub, construite a la mode berbĂšre en pierres sĂšches et en terre battue, comprenait deux petites salles oĂč se tenait l’école coranique sous la direction de l’Imam Djeziri Ahmed ould Ali.

A cette Ă©poque (9 mars 1941) cette qoubba Ă©tait occupĂ©e par quelques Ă©tudiants musulmans (tolba) qui, accroupis sur les nattes, psalmodiaient Ă  tue-tĂȘte des versets du coran Ă©crits sur leurs planchettes.

La lĂ©gende. – Selon certains musulmans, Sidi Mohammed el Mestari serait originaire du village de Tient (fraction de la tribu des Suwahliya). D’autres racontaient qu’il appartenait Ă  la tribu des Beni-Mester et qu’il vint s’établir sur le sommet de la falaise dominant la mer pour mener une vie ascĂ©tique et contemplative.

Ne jouissant pas de toutes ses facultĂ©s mentales, il vivait, parait-il, en plein air, prĂšs d’une petite source. Comme il Ă©tait pieux, il ne tarda guĂšre Ă  ĂȘtre considĂ©rĂ© comme un marabout.

Un jour que la tempĂȘte faisait rage et que notre « wali » contemplait, impassible, les vagues accourant du large et venant se briser avec fracas au pied de la falaise, ses parents qui avaient dĂ©couvert sa retraite, vinrent le supplier de regagner le foyer familial. Sidi Mohammed se contenta de leur tendre un petit vase de terre en leur demandant de le remplir d’eau de mer. Son dĂ©sir ayant Ă©tĂ© exaucĂ© il leur dit : « Pourquoi cette eau salĂ©e est-elle si calme et si unie alors qu’elle est si agitĂ©e au bas de la falaise ?» Comme personne ne rĂ©pondait, il ajouta : « Quand je suis seul, je suis paisible et calme comme l’eau contenue dans ce vase ; mais, au milieu des humains, je deviens agitĂ© et malheureux ».

La lĂ©gende ne dit pas si les parents de cet anachorĂšte furent satisfaits de la rĂ©ponse de leur fils. Quoiqu’il en soit, il est probable qu’ils se rĂ©signĂšrent Ă  s’établir prĂšs de lui, puisque sa mĂšre fut enterrĂ©e Ă  proximitĂ©, dans une hawita dont il sera question ci-aprĂšs.

Disons pour terminer que Sidi Mohammed el Mestari mourut cĂ©libataire bien que le cĂ©libat soit mal jugĂ© par l’Islam mĂȘme mystique et qu’il fut enterrĂ© un peu au sud de sa « Khalwa », sur un tertre dominant l’oued el Arkoub. Peu de temps aprĂšs on lui Ă©leva une qoubba qui avait Ă©tĂ© trĂšs vĂ©nĂ©rĂ©e par tous les gens des Suwahliya car il avait la rĂ©putation de guĂ©rir les fiĂšvres.

HAWITA DE LALLA KHADIJA EL MESTARI

La hawita de cette sainte, qui Ă©tait la mĂšre de Sidi Mohammed el Mestari, Ă©tait situĂ©e Ă  proximitĂ© de la qoubba. C’était une simple construction rectangulaire, en pierres sĂšches, munie d’une ouverture surbaissĂ©e. La tombe n’était pas apparente.

HAWITA DE SÎDÎ MOUFFOK

SituĂ© Ă©galement Ă  El Arkoub (Draouch), ce mausolĂ©e rectangulaire, bĂąti avec des moellons assemblĂ©s Ă  l’argile, prĂ©sente la particularitĂ© d’ĂȘtre ornĂ© aux quatre angles de grossies merlons. L’enceinte, Ă  ciel ouvert, qui mesure 4m40 de longueur et 3 mĂštres de largeur, est percĂ©e d’une ouverture y donnant accĂšs.

HAWITA DE SÎDÎ MOHAMMED EL GHARIB

Cette habitation en pierres sĂšches (qu’il ne faut pas confondre avec celle dĂ©diĂ©e Ă  un saint homonyme situĂ©e, comme nous l’avons vu, Ă  2 kilomĂštres Ă  l’est de Nemours), s’Ă©lĂšve Ă  peu de distance de celle de SĂźdĂź Mouffok de forme rectangulaire, elle mesure 3m20 de longueur, 2 m55 de largeur et 0m50 de hauteur. A noter l’existence d’une petite niche Ă  offrandes.

HAWITA DE SÎDÎ GOURARI

Pour terminer, nous mentionnerons, toujours Ă  El Arkoub, le mausolĂ©e de SĂźdĂź Gourari, saint de l’Islam que l’on dit originaire du Sahara et qui a la spĂ©cialitĂ© de guĂ©rir les maladies du nombril.

Sa rĂ©putation de saintetĂ© se serait affirmĂ©e par le fait suivant : un jour, un vieil habitant de El Arkoub, du nom de DjenĂąn Mohammed ĂągĂ© de 80 ans; s’aperçut que des malfaiteurs lui avaient volĂ© un mouton et brĂ»lĂ© une meule de paille. Fort courroucĂ©, le vieillard s’approcha du tombeau de SĂźdĂź Gourari, situĂ© prĂšs de son habitation et, apostrophant le dĂ©funt, lui dit non sans amertume : « SĂźdĂź Gourari, tu n’es pas un vĂ©ritable marabout puisque tu as tolĂ©rĂ© que l’on vienne, sous ton nez, me voler impĂ©nunĂ©ment ! ».

Durant la nuit, notre musulman sceptique vit en songe le saint qu’il avait si durement offensĂ©, tenant le voleur par un pan de son burnous, et lui disant d’une voix forte et ironique : « tiens, le voilĂ  ton voleur, regarde-le bien, ĂŽ incrĂ©dule !… ». DjenĂąn Mohammed reconnut alors, avec stupĂ©faction, son propre fils Abd el QĂąder.

le lendemain, aprĂšs enquĂȘte, le vieillard n’eut pas de peine Ă  dĂ©couvrir que c’Ă©tait bien son rejeton qui avait fait « le coup » avec un jeune vaurien de ses amis, nommĂ© R’lissi Mimoun.

Depuis, Djenùn Mohammed ne blasphÚme plus et tient Sßdß Gourari pour un personnage de grand mérite.

Source : Monographie de Francis Llabador

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