LES RUINES DE TAOUNT

Sous l’action conjuguée des intempéries et des destructions systématiques causées par « les chercheurs de trésors », ces Vandales du XXème siècle, ces ruines tendent de plus en plus à devenir méconnaissables et disparaître, au détriment de nos connaissances. Aussi, était-il urgent, croyons-nous, de les sauver de l’oubli, en les signalant à la bienveillante attention de ceux qui s’intéressent au passé des villes mortes de la Berbérie.

Juchée comme l’aire d’un aigle, sur le plateau de l’escarpement rocheux, haut de 130 mètres qui domine, à l’Est, la ville et le port de Nemours, elle était naturellement défendue du côté de la mer par de hautes falaises partout inabordables, présentant un à-pic d’environ 80 mètres de hauteur et, vers la terre, par des pentes rocailleuses, très raides, couvertes d’une végétation rabougrie.

Nous ne reviendrons pas sur les avantages de cette position qui furent remarquées, dès la plus haute Antiquité, par les autochtones, les navigateurs et les envahisseurs qui se succédèrent aux différentes époques de l’histoire. Nous rappellerons que c’est seulement au XIème siècle que Taount se trouve citée par les géographes, comme une petite place forte quasi inexpugnable.

Quoi qu’il en soit, le système défensif de cette bourgade fortifiée du Maghreb Central comprenait essentiellement une enceinte et une qaçba.

L’ENCEINTE DE LA BOURGADE

MalgrĂ© sa situation privilĂ©giĂ©e Taount possĂ©dait, du cĂ´tĂ© de la terre, une enceinte dont il est facile de restituer le tracĂ© par les vestiges qui subsistent au ras du sol. Cette enceinte, construite un peu en contre-bas du plateau, suivait les sinuositĂ©s du terrain. Elle partait de la tour d’angle de la forteresse (N°III de la forteresse), parcourait 22 m. 20 en direction Sud oĂą elle se raccrochait Ă  un premier bastion ruinĂ© dont la dace mesurait 3 m. 40 et les flancs : l’un 3 mètres et l’autre 5 m. 75 de longueur.

De ce bastion, l’enceinte obliquait vers l’Ouest, protégeant la cité proprement dite, du côté Sud, et allait, à 300 mètres environ plus loin, se raccorder à un autre bastion situé à l’extrémité Ouest du plateau, un peu au-dessous du fortin moderne construit par le génie militaire. Ce second bastion, qui mesure actuellement 4 m. 40 de hauteur, présente une face de 4 m. 30 de largeur et deux flancs mesurant respectivement 3 m. 80 et 4 m. 40. A l’Ouest de ce dernier bastion, l’enceinte parcourait encore une vingtaine de mètres et se terminait brusquement à pic sur la mer.

Il convient de rappeler qu’un oued aujourd’hui détourné, coulait jadis au pied de l’escarpement de Taount.

Ainsi, le système de défense de cette bourgade ancienne comprenait, seulement du côté Sud d’où les attaques étaient à craindre une enceinte de pierres sèches surmonté d’un mur bétonné, allant de l’Ouest vers l’Est du plateau, en s’adaptant à la topographie du lieu.

Un fragment de cette enceinte, située en avant de la tour d’angle n° III, laisse voir une assise de moellons (basalte, calcaire) supportant une petite surélévation en béton. Partout ailleurs, le béton s’est écroulé et il ne reste que le soubassement de moellons que l’on peut suivre aisément jusqu’au raccordement avec le bastion Ouest qui domine à l’Est la baie de Nemours.

LES PORTES

D’après la tradition, et aux dires des vieux habitants musulmans du pays, deux portes donnaient accès Ă  la bourgade. L’une d’elles Ă©tait percĂ©e Ă  l’Ouest de l’enceinte et dominait sur le MausolĂ©e de Sidi Moussa (Sidi Moussa Ă©tait un homme pieux qui vivait, dit-on, près de la porte de l’enceinte, oĂą il fut enterrĂ© par la suite). Cette porte avait pour nom la Porte de l’Aloès,باب Ř§Ů„صبارة, (Bab el Ă‡abra). Cette porte Ă©tait surveillĂ©e et gardĂ©e par quelques soldats qui, vraisemblablement, occupaient le petit bastion en pisĂ© situĂ© Ă  l’extrĂ©mitĂ© Ouest du plateau. Une deuxième porte situĂ©e Ă  l’Est, Ă  proximitĂ© de la forteresse Ă©tait appelĂ©e la porte principale, باب Ř§Ů„عاريضة, (Bab El Aarida). Il ne reste aucun vestige de ces portes percĂ©es dans le mur d’enceinte. (renseignements fournis par Tâchefin Ahmed Ben Ahmed, âgĂ© de 57 ans, (en 1948), dont le père Ă©tait nĂ© Ă  Taount).

L’INTÉRIEUR DE L’ENCEINTE

A l’intĂ©rieur de l’enceinte, la bourgade occupait la presque totalitĂ© du plateau, d’une superficie de sept hectares. On y voyait encore très nettement les ruines de nombreuses maisons carrĂ©es en pierres sèches, autour desquelles sont rĂ©pandus d’innombrables dĂ©bris de poterie, plus ou moins grossiers. On y trouve encore un nombre considĂ©rable de silos dans lesquels les Berbères conservaient leurs grains, ainsi que de nombreuses grottes qui paraissent avoir Ă©tĂ© habitĂ©es comme en tĂ©moignaient les innombrables coquilles d’escargots que l’on trouvait en remuant un peu la terre et les dĂ©bris de poterie et d’os.

ENTREE D’UNE GROTTE

Il est visible que quelques-unes de ces grottes en partie naturelle ont été aménagées et même agrandies par la main de l’homme à une époque qu’il est impossible de fixer. Certaines de ces grottes présentent une ouverture sur la mer et sont très spacieuses.

INTERIEUR D’UNE GROTTE

Nous en avons visité et compté plus d’une vingtaine. Quelques-unes sont séparées par des murs de pierres sèches ou par une cloison rocheuse naturelle, et communiquent entre elle par des ouvertures le plus souvent très étroites, ne livrant passage qu’à une seule personne à la fois. Certaines de ces grottes n’ont pu être explorées en raison de leur longueur, du manque d’air et de lumière et aussi par suite des éboulements qui se sont produits.

AUTRE ENTREE D’UNE GROTTE

Ces grottes ont dû certainement être habitées par des Berbères et aussi très probablement par les pirates qui avaient fait de ce plateau, surtout pendant la domination turque, un véritable nid de forbans et d’écumeurs de mers.

LA FORTERESSE


LE CHATEAU-FORT DE TAOUNT
TOUR D’ANGLE A L’EST DU PLATEAU

Les ruines les plus intéressantes sont, sans contredit, celles du vieux château fort (quaçba) du Moyen âge qui formait un quadrilatère d’environ 2.956 mètres carrés et qui occupait une position stratégique très avantageuse à l’Est du plateau. Il n’en reste debout qu’un énorme pan de muraille en pisé d’une soixantaine de mètres de longueur, rongé par le temps et percé de trous irréguliers, représentant les vides laissée par les perches ayant servir de chevrons. Ce pan de muraille est flanqué de trois tours barlongues, dont deux placées aux angles et une au centre, font saillie sur la courtine du côté Sud.

Ces tours sont accolĂ©es au mur non crĂ©nelĂ© qui a une hauteur assez variable par suite de la forte dĂ©clivitĂ© du terrain. C’est ainsi que la tour que nous appellerons par commoditĂ© de l’exposition la tour n° I a une hauteur moyenne de 6 m.80 Ă  6 m. 95, la tour n° II : 12 m. 45 et la tour n° III, construite en contre-bas, par rapport Ă  la seconde, a plus de 17 mètres de hauteur. Quant au mur lui-mĂŞme, il a une Ă©paisseur de 2 m. 25 Ă  la base et de 1 m. 65 vers le haut. 

RUINES DE LA FORTERESSE

Cette diffĂ©rence entre la base reposant sur le sol et le sommet provient de ce qu’il existe Ă  la base de la courtine (cĂ´tĂ© interne) un Ă©troit chemin de 0 m. 60 de largeur qui servait Ă  accĂ©der vers les parties hautes de la construction. Parfaitement horizontal, ce chemin partant de la cĂ´te 0, atteint rapidement 5 m. 96, rachetant ainsi les diffĂ©rences de niveau. Il permet assez facilement d’atteindre le sommet de la tour n° III (voir plan fig. 22) d’oĂą l’on pouvait ensuite accĂ©der au chemin de ronde et aux autres Tours par une rampe pourvue de marches assez raides. Actuellement, il ne subsiste si parapet ni merlons. (Canal in : Le Littoral des Trâras, 1886, p. 127, Ă©crivait : « les murailles dentelĂ©es Ă  leur crĂŞte… Â».

CHEMIN DE RONDE

LES TOURS

Comme vu plus haut, la partie sud de la forteresse qui subsiste encore est flanquĂ©e de trois barlongues accolĂ©es Ă  l’extĂ©rieur de la courtine. Deux sont des tours d’angles. Les trois tours sont sensiblement placĂ©es Ă  Ă©gale distance l’une de l’autre. En effet, la tour n° I est sĂ©parĂ©e de la tour n° II par un intervalle de 18 m. 25. La deuxième est distante de la troisième de 17 m. 60. Par contre, sur la face Est de la forteresse (face qui s’est effondrĂ©e et qui dominait Ă  pic sur la mer la petite plage dite du « Tunnel Â», la tour n° III Ă©tait sĂ©parĂ©e de la tour d’angle n° IV par un intervalle de 34 mètres.

PLAN DE LA FORTERESSE

L’existence de ces trois tours plus rapprochées les unes des autres sur la partie Sud de la forteresse, la seule qui subsiste aujourd’hui, donnait plus de solidité à cette partie la plus vulnérable de la construction. De sorte que, comme presque toutes les places du Moyen âge, la forteresse de Taount pouvait, le cas échéant, s’isoler de l’enceinte extérieure déjà décrite et se défendre quand celle-ci était tombée aux mains des assaillants.

Ces Tours creuses construites en béton méritent d’être étudiées chacune séparément.

La tour d’angle de l’Ouest n °I (voir plan) mesure 7 m. 94 de façade sur 4 m. 55 d’avancĂ©es, par rapport Ă  la courtine. A l’intĂ©rieur, on ne distingue aucune particularitĂ©. Pas de traces d’entaille ou de saillie en arc creusĂ©e dans les parois internes ayant pu supporter une plate-forme ou une voĂ»te. Cette tour d’une hauteur moyenne de 6 m. 80 Ă  6 m. 95 (c’est la moins haute des trois qui subsistent encore) ne comportait pas d’étages, de salle supĂ©rieure comme les deux autres dont il va ĂŞtre question un peu plus loin. A la base des parois intĂ©rieures, on peut voir encore seulement des traces d’un revĂŞtement de plâtre grossier de 2 Ă  4 millimètres d’épaisseur.

TOUR MEDIANE

La tour médiane n ° II, mesurant 8 m.85 de façade sur 4 m. 60 à 4 m. 68 de saillie, présente vers le milieu de sa hauteur une petite baie rectangulaire de 1 m. 50 x 0m. 85 environ, donnant accès dans la chambre inférieure (fig. 2). Intérieurement, cette petite chambre mesure 2 m. 90 x 3 m. 40 environ. Sur chacune des quatre parois internes, existe une entaille de 15 à 20 centimètres de profondeur et de 13 centimètres de largeur décrivant un plein cintre. Ces entailles établissent clairement que la plate-forme de la partie supérieure de cette tour était soutenue par une voûte d’arête construite de façon primitive. En effet, elle est constituée par quatre éléments de voûte (en plein cintre) partant des appuis aménagés dans les murs et se rejoignant aux angles pour former une voûte d’arête. La construction de cette voûte était d’autant plus aisée que les matériaux employés (briques plates et pleines notamment) étaient faciles à disposer en employant probablement un coffrage.

TOUR MEDIANE N°II

La tour d’angle de l’Est n° III, beaucoup plus large que les prĂ©cĂ©dentes, mesure 9 m. 20 de largeur sur 4 m. 60 d’avancĂ©e. Elle repose sur un soubassement de moellons de roche (basalte). Son amĂ©nagement est intĂ©ressant Ă  Ă©tudier et mĂ©rite de retenir quelque peu notre attention (fig. 24). En effet, comme certaines tours barlongues de l’enceinte de Mansourah, elle comprend deux petites salles rectangulaires, dont la plus grande (la plus orientale) mesure 6 m. 15 de longueur sur 1 m. 62 de largeur. L’autre, la plus petite, mesure 2 m. 95 environ de longueur sur 1 m. 62 de largeur. 

TOUR D’ANGLE N°III

Ces deux salles contiguĂ«s ne sont pas simplement divisĂ©es par un mur mĂ©dian perpendiculaire Ă  la courtine. Chacune d’elles possède un mur propre. Celui de la plus grande a 0 m. 75 d’épaisseur. Quant au second, il a 1 m. 05 d’épaisseur. Entre ces deux parois, existe un espace vide de faible largeur. Il semble bien d’ailleurs qu’on ne pĂ©nĂ©trait pas dans les parties infĂ©rieures de ces petites salles ; ce qui le fait supposer, c’est qu’elles ne prĂ©sentent, vers la base, aucune ouverture y donnant accès.

Quant au système de voĂ»te, il diffère de celui dĂ©jĂ  dĂ©crit. C’est ainsi que ces deux petites salles Ă©taient recouvertes par des voĂ»tes en berceau, si l’on en juge par les rainures assez profondes, dĂ©crivant un plein cintre, que l’on peut voir encore sur les deux parois internes de chacun des deux compartiments. Ces rainures en arc, creusĂ©es dans le bĂ©ton, ont environ 13 centimètres de largeur. La forme et le volume du creux montrent qu’il s’agissait bien du logement exact mĂ©nagĂ© dans la paroi pour recevoir les briques maçonnĂ©es, disposĂ©es concentriquement ; la brique du milieu de l’arc jouant le rĂ´le de clef de voĂ»te. Dans celle qui est creusĂ©e dans l’une des parois du compartiment le plus grand, on remarque encore quelques morceaux de briques en partie encastrĂ©es. Ces briques amorçaient la voĂ»te en berceau qui s’est effondrĂ©e.

Cette salle de 6 m. 15 x 2 m. 50 ne comportait qu’une seule voûte en berceau tandis que la seconde, plus petite mais plus élevée, comportait deux étages au lieu d’un, et par suite, deux voûtes en berceau superposées l’une au-dessus de l’autre, comme dans certaines tours de l’enceinte de Mansourah, remarquablement étudiées et décrites par MM William et Georges Marçais. (Les Monuments arabes de Tlemcen, Paris, 1901).

Ces deux voûtes maçonnées se développaient entre les deux murailles où l’arc confortatif de l’extrémité était encastré (fig. 4). Les bords latéraux de la voûte trouvaient leur point d’appui sur une saillie longitudinale joignant l’extrémité des branches de chaque entaille en arc. La voûte ainsi construite supportait une plate-forme de béton.

VOÛTES MAÇONNEES

Quant aux chambres inférieures, elles étaient couvertes par une plate-forme qui reposait vraisemblablement sur une charpente de thuyas, s’appuyant elle-même sur les saillies longitudinales de 15 centimètres de largeur, creusées dans les parois épaisses du béton. En somme, ces plates-formes ont été réalisées en couvrant l’espace qui sépare les points d’appui par un solivage constitué par la juxtaposition de rondins de thuyas reposant sur les saillies longitudinales creusées dans le béton des deux murs parallèles. Ces rondins résistent à leur poids et à leur surcharge, comme les poutres droites et exercent sur les points d’appuis des pressions uniquement verticales. Sur la charpente (rondins de thuyas juxtaposés) était pilonné du béton qui formait la plate-forme de la salle supérieure voûtée en berceau supportant elle-même une autre plate-forme bétonnée.

MATÉRIAUX DE CONSTRUCTION

Les matĂ©riaux utilisĂ©s pour la construction de la forteresse de Taount comprenaient : le bois, le bĂ©ton, les briques, le plâtre et la pierre brute.

Le bois ne se retrouve que sous la forme de longrines (ou de perches) incluses dans le béton de la courtine et des Tours, sans doute pour consolider. Des quelques morceaux de bois en bon état de conservation qu’il a été possible d’étudier, il s’est avéré qu’il s’agissait d’une espèce de cupressinée de la famille des conifères. C’est un petit arbre pouvant atteindre 5 à 6 mètres de hauteur et qui est appelé,عـــرعـــار, âarar. Cette essence forestière existe encore à l’état sporadique aux environs de Nemours et dans la région. Il n’est donc pas étonnant de voir ce bois, quasi incorruptible, si souvent employé dans les constructions militaires anciennes.

Quant au bĂ©ton en question, il est constituĂ© par un mĂ©lange de terre, de chaux et de cailloux de toutes sortes : basalte, schiste, dĂ©bris de toutes sortes : poterie, briques, ossements d’animaux. En outre, comme dans la tour n° I, on pouvait dĂ©noter la prĂ©sence de nombreuses coquilles marines et quelques hĂ©lices terrestres.

Noyé dans un bain de mortier, tout cela était mêlé, mouillé et pilonné dans des coffrages de planches qui, démontables, pouvaient resservir à volonté. Ces caisses rectangulaires, si l’on en juge par les empreintes très nettes qui subsistent sur la construction, avaient 0 m. 80 de hauteur et 2 m. 25 environ de longueur. Des madriers réunissaient ces planches entre elles. Ce sont eux qui ont laissé des trous circulaires (que l’on observe sur les ouvrages défensifs) quand on les décoffrait et qu’on enlevait les madriers pour continuer la construction en hauteur.

Le volume des vides ne dépassant pas 21 %, on peut dire que c’est un béton plein à base de chaux grasse, pas très homogène cependant et assez peu compact en certains endroits, par suite de la mauvaise granulométrie et du mauvais tassement. Le pilonnage, ayant été fait parfois sur des couches trop épaisses, a empêché la compression des couches profondes en emprisonnant au-dessus de la couche superficielle rendue compacte de nombreuses bulles d’air disséminées dans la masse.

Quant aux nombreuses fissurations que l’on observe en plusieurs endroits de la courtine et des tours, elles se sont produites soit pendant le durcissement, soit sous l’action des intempéries.

Les quelques briques qui ont pu ĂŞtre extraites sont pleines et rectangulaires, façonnĂ©es d’argile jaune ou rouge. L’une d’elles, d’agile jaune, provenant de la tour n° III, mesurait exactement 0m27 de longueur, 0m12 de longueur et 0m35 d’épaisseur. Quelques-unes avaient des dimensions plus rĂ©duites : 0m25 de longueur, 0m11 de largeur et 0m03 d’épaisseur.

Comme déjà précisé, on observe un revêtement de plâtre à la base de la tour d’angle n° I. En outre, on peut trouver çà et là, autour des ruines de la forteresse, des fragments de plâtre peint qui formaient vraisemblablement le revêtement mural de quelque salle.

LE CHATEAU-FORT DE TAOUNT

Les pierres utilisĂ©es ont deux origines :

a) Pierre d’origine ignĂ©e : pierres volcaniques (basalte, lave)

b) Pierres d’origine sĂ©dimentaire : pierres calcaires et argileuses

Ces pierres juxtaposées et superposées sans mortier forment le soubassement de la construction en plusieurs endroits.

LES MOSQUEES

Dans un rapport, en date du 1er mai 1862, sur la place de Nemours, rĂ©digĂ© par le Capitaine Chef du GĂ©nie de l’époque, on peut lire : « les deux mosquĂ©es en ruines de Touent qui ont Ă©tĂ© organisĂ©es en blockhaus et qu’on a dĂ©corĂ©es du nom pompeux de Touent…).

Ainsi donc, à l’arrivée des Français, la bourgade de Taount, qui existait encore, était dotée de deux mosquées dont il ne subsiste actuellement aucun vestige. Cependant, celle qui était édifiée à l’Ouest du plateau, sur l’emplacement de laquelle le génie miliaire a fait construire un fortin qui domine à l’Est la baie de Nemours, jouissait d’une grande célébrité. La construction de ce fortin suscita à l’époque des démêlés très vifs avec les musulmans du pays, qui refusaient de le laisser bâtir.

On appelait cette mosquée Djâma bou Nour (Mosquée de l’Auréole). Ses murs écroulés, ses voûtes souterraines se remarquaient encore en 1886 et les habitants de la région venaient y déposer des petits drapeaux et des bougies. Nous-mêmes, En décembre 1927, nous avons vu à l’intérieur du fortin construit sur l’emplacement de la mosquée célèbre, une bougie neuve et plusieurs pièces de monnaie.

« Sous le règne du Sultan Youssef Ben Tâchefin, de la dynastie des Almoravides (XIIème siècle de J.-C.), rapporte Canal, des hommes remarquables par leur piĂ©tĂ© Ă©taient rĂ©unis dans l’intĂ©rieur de cette mosquĂ©e pour y faire leurs prières accoutumĂ©es. C’était pendant une nuit de ramadan : tout Ă  coup, des lumières, brillantes comme celles du soleil, semblèrent descendre de la voĂ»te et s’arrĂŞter au-dessus du groupe qui Ă©tait en prières, de sorte que la tĂŞte de ces personnages Ă©tait entourĂ©e d’une aurĂ©ole ou limbe lumineux. Ce prodige se reproduisit souvent, de la mĂŞme façon, toutes les fois que des marabouts se mettaient en prières, pendant les nuits du Ramadan.

« C’est en souvenir de ce phĂ©nomène miraculeux que les habitants ont conservĂ© l’habitude de se rendre en pèlerinage Ă  la mosquĂ©e le dernier jour du Ramadan.

« Les habitants du Ribât de Taount eurent le bonheur de voir leur mosquĂ©e considĂ©rĂ©e comme un lieu saint ; elle fut dès lors regardĂ©e comme une succursale de la Mecque et les pèlerins qui s’y rendaient, s’attribuaient presque autant de mĂ©rite que ceux qui venaient de visiter la capitale de l’Islam.

« L’Emir Abd El Kader ne manqua pas de s’y rendre en pèlerinage lorsqu’il eut Ă©tabli son quartier gĂ©nĂ©ral Ă  NĂ©droma. A peine Ă©tait-il prosternĂ© pour faire ses prières dans la Djamâ Bou Nour, que le mĂŞme miracle d’illumination se produisit pour lui et que sa tĂŞte fut entourĂ©e de l’aurĂ©ole lumineuse en tĂ©moignage de sa saintetĂ© et du choix que Dieu avait fait de lui pour combattre les infidèles.

« On y venait de tous cĂ´tĂ©s, des BĂ©ni Ouassine, des BĂ©ni Bou SaĂŻd (et de toutes les tribus qui constituaient l’aghalik de Marnia), des BĂ©ni Snassen, des Angad et autres territoires marocains situĂ©s sur la rive droite de la Moulouia. Â»

En 1845, lors du fameux désastre de Sidi Brahim, où le lieutenant-colonel de Montagnac trouva la mort, les habitants de la bourgade de Taount, qui existait encore se mirent à abandonner leurs maisons par crainte des représailles pour le rôle équivoque qu’ils avaient joué.

Dans les renseignements divers parvenus Ă  la connaissance du commandant de la place, relatifs Ă  l’affaire de Sidi Brahim, le capitaine Bidon Ă©crivait : « l’occupation de la mosquĂ©e de Taount que des considĂ©rations politiques et religieuses avaient fait ajournĂ©e jusque-lĂ  est dĂ©cidĂ©e Ă  l’unanimitĂ© des voix. Il est dressĂ© procès-verbal de cette sĂ©ance et la mosquĂ©e est occupĂ©e le soir mĂŞme par trente sapeurs, commandĂ©s par le sergent Bertrand, ainsi qu’un obusier (le chef d’escadron de Martimprey au gĂ©nĂ©ral Thiery, commandant la Division d’Oran, Sidi Brahim, documents n° 30). C’était une heureuse inspiration que l’occupation de ce poste, en un tel moment ; les Arabes devaient venir le soir mĂŞme faire irruption de ce point-lĂ  dans la place qui, sans ce poste, se trouvait tout Ă  fait Ă  dĂ©couvert. ( le 1er octobre 1845). (P. Azan, Sidi Brahim ; documents contemporains n° 43 , Archives Historiques du Ministère de la Guerre, AlgĂ©rie, situation des Places, 1845).

Cette mosquée fut détruite très peu de temps après son occupation par les soldats français, en même temps que la bourgade elle-même fut, comme nous l’avons vu, évacuée au préalable sur l’ordre du Maréchal Bugeaud.

LA SECONDE MOSQUEE

La seconde mosquée dont on ignore le nom, était située, semble-t-il, à proximité de la forteresse et de la citerne située à 30 mètres à l’ouest de la tour n° I. On y faisait les prières quotidiennes et elle servait également d’école pour les enfants de la bourgade. Il n’est pas téméraire de penser que cette ancienne mosquée fut fréquentée à l’origine par les pieux musulmans qui occupèrent la forteresse ou plutôt le Ribât dès le XIème siècle de notre ère.

LA CITERNE

RESERVOIR SOUTERRAIN

Une citerne voûtée assurait à l’agglomération l’eau nécessaire à son alimentation. Cette citerne (voir plan fig. 22 p.205). Un regard à peu près rectangulaire ayant 0 m 70 x 0 m 85 y donne accès. Elle possède une voûte en berceau et mesure 5 m 30 de longueur, 2 m 30 de largeur et 3 m 25 environ de hauteur.

Une conduite d’amenée d’eau aboutit à la partie supérieure de l’une des parois. Cette conduite, qui alimentait la citerne en eau est constituée par des tubes de poterie grossièrement façonnés, mesurant approximativement 30 cm de longueur et s’emboîtant les uns dans les autres par une extrémité plus étroite (ils ont de 8 à 9 mm d’épaisseur. L’extrémité la plus étroite de ces tronçons a 6,5 cm de diamètre et l’extrémité la plus large, 8,5 cm de diamètre). Il semble que cette canalisation partait de la forteresse en un point qui n’a pu être découvert.

Ces tronçons de tuyaux étaient recouverts d’un enduit de mortier qui assurait aux joints surtout, une parfaite étanchéité. Il est vraisemblable que cette citerne recueillait les eaux météoriques qui ruisselaient sur les terrasses ou les parties hautes de la forteresse voisine et qui étaient canalisées par la conduite précitée.

L’intérieur de la citerne était revêtu d’une couche de plâtre. Vers la base, on apercevait encore des capillaires et des mousses qui vivent là à l’abri de la chaleur. Comblée en grande partie par des blocs, cette citerne est devenue inutilisable et n’était donc plus utilisée.

Les habitants de la région rapportaient qu’il y avait une seconde citerne près de la mosquée Djâma Bou Nour. D’après eux, les eaugeaux ainsi recueillies étaient utilisées durant les périodes troublées, quand il était impossible aux habitants de Taount d’aller chercher de l’eau à l’Aïn Miseb, situé au pied de la colline de Sidi Amar. En outre, elles servaient aux ablutions rituelles.

BASSIN, AUGE OU ABREUVOIR

A 6 m 80 au nord de la tour mĂ©diane, existent les vestiges d’un petit bassin, sinon d’une auge rectangulaire, orientĂ©e au S.W. (voir sur le plan de la forteresse l’emplacement de ces vestiges dĂ©signĂ©s par la lettre B – fig. 22 ). Construit en pisĂ© très riche en chaux, avec des matĂ©riaux assez fins : petits cailloux, gravier, dĂ©bris de poterie, sable, etc. Il mesurait 3 m 54 de longueur, 2 m 10 de largeur et 0 m 93 de profondeur. Les parois ont une Ă©paisseur de 0 m 65. L’intĂ©rieur est maçonnĂ© Ă  la chaux. Une partie de ce bassin s’est dĂ©tachĂ©e et a roulĂ© un peu plus loin (le terrain Ă©tant en pente).

Néanmoins, le raccordement est assez facile par la pensée. Sur les rebords, on observe la présence de briques rouges pleines dont quelques-unes mesurent 11 cm de largeur et 20 cm environ de longueur. L’on voit aussi une encoche creusée vers le milieu de la partie supérieure (lettre E). On peut éventuellement penser qu’elle pouvait servir à supporter une poutrelle destinée à soutenir le système de fermeture qui pouvait être en bois. Ceci n’est qu’une simple hypothèse.

LA TOUR VIGIE

Sur la crĂŞte Ouest du plateau, Ă  pic sur la mer, on voit, Ă©crivait Canal en 1886, les restes d’une petite tour-vigie de forme carrĂ©e dont on avait profitĂ© pour l’établissement d’un phare provisoire aux temps de la conquĂŞte (J. Canal, le littoral des Traras, Tlemcen, 1886, p. 136). Selon toute probabilitĂ© cette tour-vigie existait au temps du sultan mĂ©rinide, Abou’l-Hasan. Ibn MarzĂ»k nous apprend en effet que son MaĂ®tre, le sultan marocain Aboû’l-Hasan, crĂ©a un nombre d’enceintes et de vigies tel qu’on n’en avait jamais comptĂ© Ă  nulle Ă©poque. Qu’on en juge, Ă©crit-il : de la ville d’Asfi, limite extrĂŞme du littoral habitĂ© jusqu’au pays d’Alger (Gaza’îr Bani Mazgannân), terme du Maghrib moyen et limite du pays d’IfrĂ®kĂ®ya, il y a tant d’enceintes et de vigies que si l’on allume un feu au sommet de l’une d’elles, le signal est rĂ©pĂ©tĂ© sur toutes en une seule nuit ou mĂŞme une partie de la nuit, et cela sur une distance que les caravanes mettent environ deux mois Ă  parcourir. Il y a dans chacune de ces enceintes de ce front des gens qui perçoivent une solde : ils sont chargĂ©s de regarder et de guetter et scrutent la mer. Une galère n’apparaĂ®t pas sur mer en direction du littoral musulman sans que des feux ne soient allumĂ©s sur le sommet des enceintes, pour avertir les gens de toute la cĂ´te de se tenir sur leurs gardes.

Aussi, durant son règne fortunĂ©, le littoral demeura-t-il sauf, et l’on ne vit plus de campagnards emmenĂ©es en captivitĂ© et attaquĂ©s en petit jour, ni de nomades, venant camper dans les rĂ©gions cĂ´tières et sur le littoral, enlevĂ©s en grand nombre. (E. LĂ©vi-Provençal) un nouveau texte d’histoire mĂ©rinide : le Musnad d’Ibn Marzuk, HespĂ©ris, tome V, 1925, Chap. XXXIX, p. 61-62 de la traduction).

PIECES DE MONNAIE

Comme partout en Algérie, l’enfouissement des monnaies était pratiqué par les habitants de Taount. Pendant la guerre de 1914-1918, des tirailleurs qui creusaient une tranchée près du fortin moderne, à proximité de l’un de ces cimetières, mirent au jour deux petites poteries remplies de pièces d’or. En 1930, une autre pièce a pu être photographiée. N’ayant à peine qu’un demi-millimètre d’épaisseur, elle ne pesait que 4 g et avait approximativement 34 mm de diamètre. Les bords étaient usés et deux trous avaient été percés pour recevoir un lien de suspension et servir de pendentif.

Chacune des faces de la pièce (plus ou moins ronde) portait une inscription en caractères arabes inscrite dans un double carrĂ©. La date n’a pu ĂŞtre dĂ©chiffrĂ©e par les traducteurs, MM Derrer et Belhadj Ă  qui elle a Ă©tĂ© soumise. Sur l’une des faces, on pouvait lire : « le possesseur du royaume le bien connu Sultan Mourad, fils de Soleiman Â», sur l’autre face : « le roi de la terre et de la mer, de la Syrie et de l’Irak, que Dieu rende Ă©ternel son royaume Â» (D’après cette traduction, cette pièce devait remonter au XVIème siècle, sous le règne du sultan des Turcs ottomans, Mourad III, qui rĂ©gna de 1574 Ă  1595, après SĂ©lim II auquel succĂ©da Ă  Soliman II, surnommĂ© le Grand, le Magnifique et le LĂ©gislateur).

Au mois de décembre 1927, dans une grotte, deux autres pièces furent trouvées. Deux petites pièces de bronze rondes, de 2 cm de diamètre, portant sur les deux faces le sceau de Salomon.

Puis, en 1936, à nouveau trois autres pièces furent trouvées, également en bronze, mais légèrement plus grandes que les précédentes (2 cent. ½ environ de diamètre) portant sur une face le sceau de Salomon et sur l’autre face la date de la frappe et une courte inscription. La première porte la date de 1285, la seconde de 1287 et la troisième de 1288.

Il existait deux autres pièces identiques, datĂ©es de 1288, dans la salle du rez-de-chaussĂ©e du MusĂ©e de Tlemcen et provenant de Guiard (Oran) (don de M. BrĂ©mond, inspecteur de l’Enseignement). Dans la notice manuscrite qu’il consacre Ă  ces deux pièces semblables, M. Paul Courtot Ă©crit : « La frappe paraĂ®t bien europĂ©enne et mĂ©diĂ©vale. Il s’agit sans doute d’exemplaires de ces monnaies frappĂ©es en Europe surtout dans les villes italiennes pour le commerce avec la BerbĂ©rie. Pour faire mieux accueillir la monnaie par les Musulmans, on crut devoir en supprimer les effigies humaines que l’on remplaça par un symbole sĂ©mitique, comme le sceau de Salomon. Â»

DEBRIS DE POTERIES

On retrouve sur le plateau de Taount des débris de poteries datant, tout au plus, du XIV siècle ou du XVème siècle. Certaines, assez rares, paraissent plus anciennes et plus grossières, de facture berbère, non cuites. A signaler encore la découverte de la partie supérieure d’une lampe en terre cuite, recouverte d’un enduit vernissé vert.

PHOTO CONTRACTUELLE

Source : Monographie de Francis Llabador

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. Découvrez comment les données de vos commentaires sont traitées.